Vendredi 15 juin
Pour ce voyage, j'ai bien peur de prendre l'Afrique à la hussarde. Sans préliminaires. Jusqu'à hier, je n'ai pas pensé à ce séjour, mises à part les formalités administratives et sanitaires. Je suis encore tout trempé de ma sueur d'homme moderne, les tâches et les rendez-vous passés et à venir m'encombrent l'esprit.
Je suis dans le vol Air France qui me mène à Douala et je m'accroche à des musiques et des journaux d'un monde auquel j'essaie d'échapper un temps. Libé, Arno, Le Monde, Portishead, L'Equipe, Calexico, Le Progrès, Marlene Kuntz, tout y passe pour ne pas anticiper les prochaines heures. Je remplis tous les mots fléchés et tous les sudokus pour contenir les a priori sur ce que je vais vivre, et donc écrire. Je veux que le terre rouge d'Afrique me happe dés la sortie de l'appareil comme un jeune vierge. En fait, oui, je n'ai pas eu le temps de désirer quoi que ce soit, d'échafauder aucun plan et je veux tourner cela à mon avantage ; c'est moi que l'Afrique va prendre sans talc et sans émoi. Ce n'est que justice car après tout, j'ai envie de l'Afrique alors qu'elle n'a nul besoin de moi. Que suis-je venu lui piller que je n'ai déjà en moi-même ?
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