Je me lève aux aurores et investis la table de la terrasse. La mer soupire à moins de vingt mètres, elle semble finir ses rêves. J'essaie de consigner mes premières heures sur le territoire camerounais, mais les mots rechignent à sortir. Je fais celui qui s'en fiche pour voir si tels les enfants vexés d'être ignorés, ils viendront d'eux-mêmes apporter ce qu'ils refusaient avec obstination la minute d'avant. Un petit garçon blond justement apparaît suivi par sa nounou. Il se met tout nu sur la plage et sa jeune nurse ne semble pas inquiète de tous les dangers potentiels que recèle la plage. Elle s'amuse les mains dans le sable tandis que le garçonnet grimpe sur les petits rochers puis s'éloigne derrière le grand arbre. Après quelques minutes de disparition, il revient demander un jouet à sa baby-sitter qui ne s'est rendue compte de rien. Il lui parle déjà avec autorité. Elle ne s'en émeut nullement. Je collerais bien une claque au jeune capricieux. Je note qu'il a le cul haut perché et musclé qui sied si bien aux Africains. L'idée qu'il puisse garder ce physique à vie me le rend encore moins sympathique. Ses parents apparaissent en peignoir. Le père est un grand échalas blanc au ventre proéminent mais concentré sur le devant, ce qui le rend encore jeune de dos. La mère est en chair de partout, c’est une métisse qui parle fort ; je lui vois bien toute une suite de courtisanes imaginaires. Elle est en représentation permanente de son pouvoir. A son accent, elle débarque de métropole et entend profiter de son séjour camerounais pour faire le plein de déférence et d'admiration suscitée. Son père arrive à son tour. Dans son peignoir blanc et sa démarche martiale, je l'imagine aisément général dans l'armée du pays. Ils commandent leur petit-déjeuner à tue-tête. Je baisse la tête vers mon carnet pour ne surtout pas lier conversation. Je pense tout de même que mon cas leur importe peu car ils sont ici famille royale et l'inconnu appartient forcément à la plèbe. Le père va jouer dans l'eau avec son fils. La femme téléphone à droite et à gauche. J'ai comme l'impression que l'instinct maternel n'est pas franchement la panacée de la femme Africaine. À écouter toutes ses histoires de femmes mères si jeunes qui laissent leur progéniture au village et les visite trois à quatre fois l'an, le contraste avec les réactions des louves de notre pays est saisissant. La femme de Bertrand a par exemple laissé sans problème sa fille de sept ans un an lorsque le couple s'est installé à Houston. L'agenda des parents prend rarement cas des enfants, beaucoup en témoignent. Les villages concentrent les cousins pour faciliter la vie des parents partis en ville travailler. Ils ramènent sous et habits dès qu'ils le peuvent pour participer au financement de la communauté. On me rapporte que les papas s'en soucient plus, surtout des garçons, mais s'arrangent aussi très bien d'une éducation externalisée. L'idée de transmission prime sur celle de bien-être. Je me garderais bien de juger. La polygamie ne doit pas non plus faciliter l'unité du cercle familial, ni la traçabilité des enfants si j'ose dire.
Pour faire un trackback sur ce billet : http://leshauteurs.zeblog.com/trackback.php?e_id=215574