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Par les (h)auteurs :: 05/07/2007 à 18:58 :: Général
La suite … enfin. Mais que c'est dur d'écrire en France, et plus encore en Avignon. Mais je résiste ! Plus que 2 jours à vous conter après celui-ci … Samedi 23 juin Au petit-déjeuner, l'océan est au rendez-vous, mais pas le fruit frais. La livraison en provenance de Douala n'est pas arrivée. Je m'étonne, tous les arbres dans les environs me semblent fruitiers. On m'explique que les Kribiens sont portés sur le poisson et les plantes pilées. Je trouve qu'un hôtel à trente euros la nuit (le tiers du salaire mensuel moyen du pays) pourrait se payer quelque effort à la satisfaction de ses clients, mais je sens le combat perdu d'avance. J'avale mon jus d'orange chimique comme pénitence à mes caprices de diva. Nous allons au marché aux poissons. Il y a foule, contrairement à l'autre dimanche. Je révise plusieurs de mes jugements. Tout d'abord, le centre de pêche artisanale de Kribi est un don du peuple japonais, et non coréen. Il est un symbole de l'amitié et de la coopération entre les deux pays. C'est écrit à l'entrée sur la plaque datée 2006. D'ailleurs, je vois bientôt un employé du soleil levant à la table près de la chambre froide. C’est une sorte de greffier qui consigne les entrées et sorties de glace ; 500 CFA (0,80 euros) le seau, 1 750 CFA (27 euros) le sac de 50 kilos. Il est imperturbable et je le soupçonne d'être en méditation avancée. Ce doit être le prix à payer pour conjuguer aussi subtilement charité et commerce. Il aligne les chiffres qui attestent l’amortissement de la philanthropie nippone. Il faut reconnaître que la glace pilée qui sort du fortin réfrigéré est redoutable d’efficacité ; j’observe plusieurs vendeurs s'échiner à détordre leur poisson congelé pour lui rendre l'aspect du frais. Les rectangles en carrelage blanc sont au nombre de huit, et non de trois. Je ne pense pas qu’une quelconque action divine les ait multipliés pendant la semaine ; cela prouve que mes observations ne sont pas toujours d’une rigueur exemplaire. À qui exposer mon dos pour recevoir la verge ? Le sang et la bave des poissons se mêlent au jus des tongs des commis. Je vois là des amas de raies, de petits requins, de barracudas, de crabes, de crevettes, de langoustes, de soles, de carpes rouges, de daurades, de turbots et de bars. Je note aussi ce que mon intrépidité me fait nommer poisson roche et même, je me lance, kakango. Je dois confesser que la ligne entre la bouche de la marchande et mes oreilles n’était pas fameuse ; il se peut que le célèbre kakango ne soit qu’une appellation d’origine hasardeuse. L’essentiel est de s’imaginer la variété des poissons et les reliefs qu’ils dessinent au gré des arrivages et des ventes. Les règles de pêche semblent plusieurs fois bafouées car on trouve de tout, petits et gros, menu fretin et pièces de concours. Le pêcheur amène son gros bac en plastique jaunâtre et le vide au pied du rectangle. Un employé le trie et le place sur le rectangle. Il a la dextérité du croupier. Les clients s’agglutinent sur les bords et font leurs jeux mentalement. Ils veulent acheter le meilleur lot qui leur assurera la petite plus-value à même de garantir gîte et couvert pour la semaine. Un huissier pose sa chaise et ouvre son cahier pour consigner les transactions. Il n’y a pas d’enchères, mais je peux sentir la fébrilité des uns et des autres. Le pêcheur regarde attentivement le travail du placier car son talent peut décupler ou amoindrir le gisement. Bertrand zieute ses turbots comme Chimène le fait de Rodrigue. Il dévalise les étals et laisse plusieurs milliers de francs CFA pour rassasier son envie de poisson. Il embauche un écailleur qui vide et racle la marchandise sur l’escalier du port, les pieds dans l’eau. Une pirogue lui tapote parfois le dos. Les écailles volent comme des médaillons de glace. De près, elles ressemblent à des lamelles de peau irisée, des empreintes digitales en série. La bestiole évidée et desquamée se nettoie dans l’eau brunâtre du port, puis se balance dans un des sacs en plastique tissé que vendent des gosses pour quelques centimes. Les besaces de Bertrand se remplissent comme une panse repue.

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Le 05/07/2007 à 19:02, par phpuigserver

Marcel m’apostrophe en s’enquérant de ma bonne santé ; il a des huîtres à vendre. Il me prend la main et tape le bout de gras ; notre amitié est séculaire car les secondes sont ici éternelles. Annette fait aussi partie du trafic de cuvettes et de sacs ; elle revend une belle raie aux larges ailes. Achetée 6 000, elle nous l’offre pour 7 000 seulement, car son père s’appelait aussi Bertrand. Mon ami marchande pour le plaisir et lui donne les billets demandés ; le sourire d’Annette et ses réparties justifient la marge. Nous croisons d’autres tas d’amis dans le genre. Pas besoin de briser la glace, elle est déjà fondue.

Nous rencontrons Edith et lui passons commande pour le soir. Bertrand choisit les pièces qu’il veut voir dans son assiette. Edith le satisfait en tous points. Elle lui promet même des plantains bien mûrs. Edith est une reine.

La criée sait aussi se diversifier ; dans les brouettes ou sur les têtes, on peut acheter des pots de mayonnaise et du lait en poudre, un fer à repasser ou des fournitures scolaires, des fruits comme des bonbons, du maïs bouilli, des chapeaux, des œufs et du jus de foléré – fleurs séchées, mijotées puis infusées avec adjonction possible de jus d’orange ou de citron. À côté de la marchande de beignets, deux enfants jouent avec leurs dragsters ; les roues sont en bois, les essieux en tuyaux plastiques, le cockpit en boîte de sardine d’où partent deux longs bambous qui amènent le volant à hauteur des yeux.
La ligne est racée et nul doute qu’il y en a sous le capot.

À la sortie du marché, j’ai la joie intense de croiser un maillot de l’Olympique Lyonnais. Le club de mon cœur semble repousser toujours un peu plus loin les limites de son influence. Comme tout bon supporter, je me gratifie une partie de cette réussite et un sentiment de fierté aussi stupide qu’inévitable gonfle ma chemise.

Nous partons rejoindre le doux foyer de Gaëlle et Anaba. Nous quittons le goudron et pénétrons dans les faubourgs de Kribi à quelques mètres de l’artère principale. Guidés par le téléphone portable d’Anaba, nous arrivons « près du fromager à côté du papayer », adresse la plus précise des sœurs. Elles nous attendent au bout de la venelle en terre battue. Une carcasse de bois en construction promet des lendemains qui chantent pour le quartier ; le maire y projette avec ambition un marché de proximité. Le futur centre commercial atteint bien les 60 mètres carrés de surface. Lorsque les murs et le toit seront posés, nul doute que le monument ravisse aux deux arbres leur attribut de référent géo-postal. Un tas de sable atteste de l’imminence des travaux ; un an, deux ans au plus. Gaëlle tient à nous faire remarquer qu’il vient de la rivière. Ce n’est pas du vulgaire sable marin qui fragilise les édifices. Ici, le maire met le paquet. Nous irons d’ailleurs voir plus tard les fameux chasseurs de sable qui plongent dans la Lobé pour ramener le précieux matériau. Plusieurs mètres en apnée sont nécessaires pour extraire l’or blond. L’épreuve est physique, mais elle exige aussi de l’expérience et du talent pour rentabiliser l’effort.

Nous longeons les cahutes en enfilade et entrons au domicile de Gaëlle et d’Anaba. Leur mère est partie à Garoua et les voilà maîtresses de maison. La porte d’entrée donne sur la pièce principale d’une quinzaine de mètres carrés. Six fauteuils sont ancrés à une table basse, ils frôlent le bahut, la télévision avec lecteur DVD ainsi qu’une table haute et ses six chaises. La concentration des meubles suit celle des hommes ; huit personnes vivent ici.
Le père est parti et les femmes sont majoritaires. Aaron, trois ans, le fils d’Anaba, est le petit prince du harem. Il n’a que son oncle, âgé de treize ans, pour lui disputer la suprématie au jet du pipi le plus loin. Le ciment est brut pour montrer sa solidité et son indifférence aux intempéries. Le toit en tôle est posé sur des petits piquets de bois sortant des moellons, laissant l’air aller et venir généreusement dans toute la bâtisse. L’humidité et la chaleur sont les seuls ennemis ; ils sont combattus à coups de courant d’air. À tribord, la cuisine donne sur l’arrière de la maison. Deux petits corps de bâtiment sont décollés d’à peine un mètre ; la salle de bains et la future maison d’Anaba à qui il manque sol, portes et fenêtres. Deux chambres abritent les nuits à la proue, tandis que toute la poupe a été louée à une autre famille. La transpiration fait les petits rus … en attendant les ruisseaux qui feront les rivières très loin d’ici. Aaron a mis son beau polo blanc pour nous recevoir. Anaba a revêtu une kaba verte et jaune, elle resplendit. Elle apporte les plats. Le couscous est une semoule de manioc gluante qui se marie à la perfection avec le ndolé et le folon. Il y a aussi des patates douces et du manioc simplement bouilli pour accompagner le kok. Je mange avec mes doigts et frétille comme l’enfant devant le carrousel. Le ndolé est une plante amère que l’on émince et que l’on plonge dans l’eau bouillante parfumée au natron, carbonate naturel hydraté de sodium cristallisé. Une fois égoutté, on le met dans un filet que l’on va tremper dans la rivière. On le lave, on le pétrit jusqu’à ce qu’une mousse s’en échappe complètement, certifiant l’évasion de l’amertume. On fait ensuite plusieurs boules de cette pâte que l’on conserve au frigo et que l’on cuisine comme aujourd’hui en la mélangeant à un cocktail d’arachides, d’oignons, d’ail, d’huile, de cube magi, d’huile, de viande et de piment. Le folon est une plante moins amère, mais qui subit la même élaboration longue et raffinée, huile exceptée. J’écoute encore la longue préparation du couscous, qui décuple mon admiration pour les deux sœurs. J’essaie de me montrer à la hauteur de tant d’honneur en repoussant les limites de mon estomac. Tout est délicieux, du sourire d’Anaba aux tranches d’ananas qui viennent laver la panse à point nommé. La pluie s’est mise à tambouriner sur la tôle, asséchant d’un coup les conversations. Le déluge est pour le moins tonitruant. Même la télévision ne fait pas le poids. Nous profitons d’une accalmie pour sortir. Les deux sœurs en profitent pour nous montrer leur potager. Trois mètres de terre volés au chemin pour récolter le folon, les noix de palme et les arachides, qui comme chacun sait, sont des tubercules (yeux ronds du citadin occidental qui pensait que les cacahouètes naissaient déjà grillées, salées et emballées dans les rayons de son supermarché). Aaron m’a pris en sympathie et consent à m’éduquer. Il m’entraîne dans le dédale de son bidonville et me montre le pamplemoussier, le cacaotier, le goyavier, le papayer mâle qui ne donne pas de fruit, le papayer femelle, le bananier, le prunier, le manguier et le célèbre fromager dont les fruits fournissent le kapok et non du boursin. Lorsque l’on sait cuisiner les racines et les plantes, nul doute que la nature est le meilleur des garde-manger. Je croise également les vécés publics, sorte de guérite en bois vermoulu, et j’observe les robinets d’eau extérieurs encapuchonnés et cadenassés ; tout le monde n’a pas de salle d’eau personnelle et le robinet relié à l’eau courante est un luxe que l’on ne peut se permettre de dilapider aux quatre vents. Nul n’a envie d’alourdir sa facture et chacun défend jalousement ce premier signe de réussite. Beaucoup ne vivent que dans une seule pièce sans eau. Bassines et cruches sont essentielles pour la cuisine et la toilette. Je soulève Aaron dans mes bras et lui colle deux grosses bises sur les joues. Pour la route, comme on dit.

La pirogue est instable et la rivière très noire. Nous filons au ras de l’eau et j’ai la chance d’être à l’étrave. Les deux pagayeurs qui nous emmènent voir les Pygmées sont à l’arrière. Lorsque je passe d’une fesse à l’autre, c’est toute l’embarcation qui menace de verser au grand dam de Gaëlle qui plante alors ses ongles dans la jambe de mon frère. La Lobé a un courant de sieste, il est aisé de la remonter comme de la descendre. Sur ses rives, la jungle prospère et la sensation d’être épié par mille sarbacanes au curare a tôt fait d’émoustiller l’esprit de l’apprenti aventurier que je suis. C’est moi Cortes, Cobra Verde, Aguirre, Klaus Kinski. Nous croisons bientôt une pirogue en contresens, l’homme porte t-shirt Coca-Cola et lunettes de soleil. Mais quel est l’idiot qui a fait le casting ? Passez-moi l’habilleuse ! Sur la rive gauche, notre guide nous fait observer les pièges à singes. J’ai du mal à comprendre le mécanisme des trois bouts de bois plantés en portique. Je préfère imaginer les anthropoïdes bondir de lianes en lianes. Je dis imaginer car je renonce peu à peu à voir. Seuls les arbres et les oiseaux font le boulot ; les premiers pour la densité de leur feuillage et les arabesques de leurs racines, les seconds pour leur tintamarre. Un aigle royal nous fait même l’honneur de quelques piqués. Je ferme les yeux, c’est plus sûr. Les crocodiles vont taquiner les hippopotames, les boas descendent des baobabs, les mygales pourchassent les fourmis rouges, le lion répudie la lionne, le jaguar course l’antilope et l’éléphant éventre la futaie. Nous sommes en territoire pygmée et je refuse de regarder la chèvre du fermier qui bêle sur l’autre rive. Quelle est cette conjuration qui me dérobe l’Afrique de Géo ? Notre pirogue bifurque dans la mangrove et accoste son palétuvier. Nous nous accrochons aux racines aériennes et gagnons le cœur de jungle. Cinquante mètres plus tard, nous voilà accueillis par le fils du chef du village pygmée. Trois cases et une halle en jonc, quatre hommes dont deux en survêtement, trois femmes et deux enfants. Nous nous asseyons sous la halle.
- Le fils du chef du village est heureux de vous accueillir. Vous pouvez lui poser des questions et prendre des photos.
Je reste interdit et légèrement courroucé par mes fantasmes de midinette. Germaine qui nous a accompagnés n’a pas mes états d’âme. Elle prend mon appareil photo et mitraille la danse tribale que les sept Pygmées ont entreprise pour nous. La chorégraphie semble sortir d’un village indien de western juste avant de partir en guerre. Décidément, que mes yeux sont rabat-joie ! Le spectacle dure cinq minutes puis le village prend la pose pour un ultime cliché. Je m’aperçois enfin de la petite taille des Pygmées. Je dois baisser la tête pour glisser un œil à l’intérieur de la maison. Un bébé dort sur son lit de feuilles séchées. Aucune trace du monde moderne, ni électricité, ni manufacture, tout est végétal. Bertrand qui vient pour la dixième fois donne les cinq mille francs CFA de rigueur pour financer cet avant-poste. Pensais-je réellement en voir plus de ce noble peuple ? Il eut fallu payer un peu plus en sueur et en curiosité, et c’est justice. Qu’ils restent cachés les Pygmées, ils éviteront les ethnoscopies à deux sous. Nous nous saluons chaleureusement et repartons vers la pirogue. J’aurais tout de même bien marché un peu plus dans la jungle …

Sur le retour, je me laisse bercer par le clapotis de l’eau et je commence à me gratter. Car s’il en ait qui sont fidèles et toujours au-delà de vos expectatives, ce sont bien les moustiques. Je gonfle de partout et vide mon tube d’Apaisyl en quelques minutes. Pourquoi me plaindre ? J’ai évité les mouches tsé-tsé et les mouches filaires qui savent si bien pondre leurs œufs à la commissure des yeux.

Bertrand tient à me monter les chutes de la Lobé. Ce sont les seules cascades au monde qui finissent dans la mer. Le dénivelé n’est pas très grand, mais la particularité mérite le respect. Et je ne dois pas jouer au bêcheur parce que j’ai vu les chutes du Niagara. L’exploitation du touriste est-elle proportionnelle à la hauteur des chutes ? Là, une ineffable série d’activités, de temples marchands, de bruits et de néons, ici, des petits crabes qui courent sur la plage et trois marchands qui font la sieste. J’échappe assez facilement aux breloques et aux passeports, petits masques colorés en terre cuite. La voiture n’évite pas, elle, les ornières. Les essieux grincent et l’électricité lâche dans toute la ville. La pluie aime ce genre de facétie. La fièvre du samedi soir tombe d’un coup, comme la nuit. Seuls la Bicec, la maison du Général, notre hôtel et le Java possèdent un groupe électrogène. Il n’y a plus que les phares de voiture, les bougies et les étoiles pour éclairer tout le reste. La rumeur de la ville baisse naturellement d’intensité. Le Safari et le Big Ben, deux incontournables de la nuit kribienne, resteront muets ce soir. Je profite de la pénombre pour marcher dans la ville. Les silhouettes se font furtives. La pluie rince la voirie en douceur. Mes cheveux frisottent, je ruisselle béatement. Les rues ne couinent plus de klaxons, je prendrais bien la main d’une femme dans la mienne pour l’emmener au bout du monde.

Je rejoins Bertrand, Michel, Germaine et les deux sœurs chez Edith. Malgré la coupure, nos poissons nous attendent. Ils sentent le feu de bois et c’est tant mieux. Nos papilles se délectent dans l’ambiance tamisée de Kribi. Germaine se laisse aller et avale les trois verres d’Amarula que lui sert Bertrand. Elle nous quitte avant le dessert le pas titubant, l’œil en réverbère.
Gaëlle aimerait bien danser, mais mon frère n’a plus le sou. Bertrand les ramène à l’hôtel. J’entreprends le décompte de la voie lactée, rien n’y fait, je n’ai pas sommeil. Anaba me propose de faire une visite au Java. J’accepte. C’est enfin l’occasion de faire de la moto-taxi. C’est très agréable, mon chauffeur est précautionneux et je profite pleinement de la course. Il fut un temps où j’eus trouvé le tour plus que mollasson ; il est parfois aisé de vieillir sans remords. Seule oasis de bruit et de fureur, le Java attire les phalènes. Il est aussi bondé que le marché aux poissons de ce matin. Les filles sont aussi en tas, mais elles assurent elles-mêmes la revente à l’unité. Le maquereau ne fraie pas dans les eaux territoriales. Anaba n’est pas une habituée de la piste, mais elle prend déjà grand plaisir à se regarder onduler dans la glace. Elle me permet surtout de ne pas être envahi par des hordes angoissées par l’état de ma santé et dévouées au salut de ma virilité. Je peux laper mon tonic et mes arachides sans trouble métaphysique. De temps à autre, je descends de mon tabouret et esquisse quelque gigue pour amuser ma cavalière ; il ne faudrait pas qu’Anaba pense que tous les blancs ne dansent qu’en conduisant une mobylette imaginaire. Elle trouve mon fessier agile, je l’en remercie. Je lui retourne le compliment. Je sens son regard changer. J’entre dans le marais, mes jambes s’enfoncent jusqu’aux genoux. Courage, fuyons ! Je quitte le night-club en prétextant un mal de ventre foudroyant et lui intime de rester. Je préfère la promesse d’Anaba qu’Anaba elle-même. Je lui donne rendez-vous pour le lendemain car si j’ai la frousse, je ne suis pas goujat.

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