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Rêves périmés / une trilogie / épisode 1

Par les (h)auteurs :: 22/10/2007 à 19:27 :: Etienne Faye

Le salon

Ce qui semble être un couple d’amis d’humeur badine entre chez l’un des deux protagonistes. Ça rigole, les deux garçons sont très proches, intimes, complices. Heureux d’être ensemble. Cela fait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus.

C’est un petit appartement sombre, ils entrent directement dans le petit salon. L’invité s’assied rapidement dans le canapé marron, on ne sait pas ce qu’ils se racontent, mais on perçoit la tendresse de leur regard, ils se dévorent des yeux. Les sourires sont chaleureux.

Le propriétaire (locataire) des lieux ne s’est pas assis, guilleret il se dirige vers une porte, l’ouvre brusquement et disparaît derrière elle. C’est à l’instant précis où il l’a referme qu’une autre porte s’ouvre. Celle de la chambre, peut-être.

L’invité devine que la femme aux cheveux noirs qui lui fait face est la compagne de son ami. Elle lui lance des regards haineux, comme si elle s’apprêtait à la pire des violences, elle serait prête à lui enfoncer un couteau dans le bide. L’invité ne sait plus où se foutre. Elle grogne des paroles de bienvenu, une formule de politesse. Elle repart comme elle était venue.

Le ballet incongru des portes continu, puisque à l’instant où l’une se ferme, l’autre s’ouvre. Sur l’ami qui revient peut-être des chiotes, avec un sourire penaud qui n’a plus rien d’enjoué. Il semble qu’il ait vécu la scène, il baisse les yeux. Il a honte. Les tentatives bien timides de son invité pour détendre l’atmosphère sonnent creux. Quelque chose s’est cassé.

On ne sait qui, de l’homme ou la femme, rallume la mèche. Toujours est-il que la porte de la chambre est ouverte, on suppose que la femme, n’y tenant plus, est revenue à la charge. Après l’avoir savamment évité, elle cherche l’affrontement. Le couple se déchire avec une violence inouïe, on a le sentiment que l’homme se défend, répondant à l’hystérie par des propos saccadés, il se défend mais ne cherche pas la fuite. Se heurtant à un mur dur et froid, elle finit par lâcher prise, elle siffle une insulte, claque la porte derrière elle. Le témoin est atterré, honteux.

Le silence s’installe dans le petit salon du petit appartement. Le désespoir est tangible. Les deux garçons n’osent plus un échange. Ils sont l’un comme l’autre désemparés, perdus, incapables de réagir. Incommensurable envie de pleurer. L’un comme l’autre ont un sentiment d’implacable abandon. 

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