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tribulations littéraires et existentielles
La doublette
Un long escalier de pierre monte raide et droit. On n’en voit pas le bout, ce n’est pas un escalier de merlin, on sait qu’il se termine, on imagine une place d’église, des bancs de bois plantés dans les graviers, l’ombre de quelque platane. Je suis assis en bas de cet escalier. Paul est à côté de moi. Une foule est répartie tout le long, assise sur les marches, comme nous, ou bien debout, appuyée sur les murs clairs et propres qui courent des deux côtés, jusqu’en haut. Des feuillages verts bougent au grès d’un petit vent au-dessus de ces deux haies de pierres blanches. C’est un mariage, c’est un baptême, une réunion de famille, quelque chose qui y ressemble beaucoup, plutôt la famille de Paul, je ne reconnais pas la mienne.
Et puis, il y a cette rumeur. On va jouer aux boules. Formons des doublettes. Une femme qu’on ne voit pas, qui est peut-être déjà tout en haut, parle plus fort que les autres. C’est la mère de Paul, c’est sa voix. Elle dit « Paul jouera avec Pierre ». J’ai eu peur un instant que de voir ainsi son fils collé à moi, jalouse comme je la connais, elle ne profite de l’occasion pour nous séparer. Mais non : Paul jouera avec Pierre, la foule approuve. Oui, oui, Paul et Pierre.