Exister, c'est plus qu'être. C'est être, et le faire savoir. Tendre à
être entendu, s'étendre, pas forcément tendrement, pour rendre ce qui
nous est dû, sans être dupe.
Rentrer dedans, sous des dehors denses, être ardent, les dents prêtes à
la morsure. Dépecer. Dépuceler le moins sûr comme l'évident. Évider
l'évitement. Mentir, évidemment.
Exister, donc. Sans se désister. Hésiter, oui, mais sans cécité. Quitte
à s'esquinter les yeux à cerner ce qu'on ne discerne pas, dire ce qui
ne nous concerne pas, s'acquitter de son devoir de voir.
Exister et écrire. S'écrier ? Se griller et se cribler de mots,
écrabouiller le réel sur l'écran de ses embrouilles, se débrouiller
crânement et s'ébouillanter le crâne, décanter sans être à cran, mais
décamper quand ça craint...
Écrire. Quand la langue copule avec les usages, quand l'encre coagule
dans le sang de la page, quand le sens se fond dans la forme et se
formule dans l'infime. Sans virgule, la feuille vierge est infirme. Et
c'est sur elle que le "je" éjacule.
(...)
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