Tout à coup je m’endormais, je tombais dans ce sommeil lourd où se dévoilent pour nous le retour à la jeunesse, la reprise des années passées, des sentiments perdus, la désincarnation, la transmigration des âmes, l’évocation des morts, les illusions de la folie, la régression vers les règnes les plus élémentaires de la nature (car on dit que nous voyons souvent des animaux en rêve, mais on oublie que presque toujours nous y sommes nous-même un animal, privé de cette raison qui projette sur les choses une clarté de certitude ; nous n’y offrons au contraire au spectacle de la vie qu’une vision douteuse et à chaque minute anéantie par l’oubli, la réalité précédente s’évanouissant devant celle qui lui succède, comme une projection de lanterne magique devant la suivante quand on a changé le verre), tous ces mystères que nous croyons ne pas connaître et auxquels nous sommes en réalité initiés presque toutes les nuits ainsi qu’à l’autre grand mystère de l’anéantissement et de la résurrection.
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. A l’ombre des jeunes filles en fleurs, GF-Flammarion, T. 2, Paris, 1919 (1987), p. 206.
« Je suis éveillé en ce moment, et je connais le métier, mais je ne saurais faire mieux qu'en rêve. »
(Robert Louis Stevenson, Un chapitre sur les rêves (A chapter on dreams) 1887-1888)
Le 04/04/2008 à 22:57, par Etienne
Katherine Kressman Taylor,
Inconnu à cet adresse :
"Comment un rêveur comme toi pourrait-il comprendre la beauté d'une épée dégainée ?"
Le 08/04/2008 à 12:39, par Valérie
Le rêve est une seconde vie. Je n'ai pas pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l'image de la mort; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l'instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l'oeuvre de l'existence. C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu, et où se dégagent de l'ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ses apparitions bizarres:
-le monde des Esprits s'ouvre pour nous.
Aurélia, Gérard de Nerval