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tribulations littéraires et existentielles
y-a-t-il
Quelque liqueur acide
Sous le ciel melliflu
Ton souffle rauque et nu
Ton regard impavide
En mon sein
y-a-t-il
Le sibyllin pardon
Bégayé baisé chu
Dont la chair chaude et crue
Te caresse le
En mon sein
y-a-t-il
Cette main si gracile
Emportant importune
Sur tes lèvres dociles
Un bol d’huile de lune
Ça choquerait qui
Si je tournais
Tournais
Tournais un film
Ça choquerait qui un film porno
Du cul ah ouais
Des baisers longs
Des sourires
Des muscles et du velours
De la sueur et du cul
Du désir quoi
Des queues du foutre et des trous
Ça choque qui
On n’arrive même plus à se chier sur la gueule ça choquerait se chier sur la gueule ?
Pour choquer
Faut chier
Sur les juifs
Les femmes
Les nains
Les animaux et les arabes
Alors ça choque ?
Et d’ailleurs
Je chie sur la gueule des juifs (ben ouais)
Je chie sur la gueule des femmes (mais faut pas qu’elles en profitent pour me toucher)
Je chie sur la gueule des nains (pourquoi ben parce qu’ils sont moches)
Et
Je me chie sur la gueule parce que je ne suis pas capable d’être sincère quand je dis je chie sur la gueule des
Ou alors si
J’y crois
Quand je dis
Je chie sur les dauphins massacrés du Japon
Alors là ouais
Sur leurs museaux
Ah les adorables dauphins noyés dans mon caca
Du coup je choque qui ?
Pourtant pédé
C’est pas bon
Non plus
Mais
Ça choque qui
Que je puisse
Envisager
Dévisager
Envisager
Dévisager
Un mec
La poésie c’est ça non
Deux mondes qui choquent
Le mien
Le tien
Et ça fait
De la lumière
Blanche
La lumière
Sur ta gueule
Un poète qui ne choque pas
N’est
Rien
Je choque qui là
Dans mon film d’amour
Une éjac’
Faciale
Le sperme sur tes joues
Enfante eh quoi je ne sais sèche en tous cas
Passe une langue sur mes
Lèvres
Avale
Avale
Passe
Une langue
Ici
Que je puisse
Ouvrir
L’œil
Ça choque qui
Tous ces hommes
Par amour
Qui crachent sur mon front leur sel et
Sous ma langue s’éclatent
Lâchent en rêve
Un goût
Blanc comme la lumière
Combien de bites
Pour mon bain
Ça choque ça des verges
Plein plein mes mains
Plein ma bouche
Et là ça choque qui le coup du bain de foutre
Ah oui puis des poils
Je recrache des poils de couille j’en ai tellement gobé aussi
Des couilles
On pourrait même dire que j’ai des treets
Entre les dents
C’est de la merde agglomérée avec des poils j’en ai tellement bouffé aussi
Des culs
Ah le gourmand c’est la poésie ça
PAN ! Je ne dors pas. Je contemple le plafond de ma chambre. C’est une peau qui a la chair de poule, éclairée par un néon rasant, qui grésille. Je respire sans bouger, le coin d’un oreiller s’incruste au milieu de mon dos, c’est douloureux, je me refuse aux contorsions nécessaires. J’ai faim, je me concentre sur ma faim – il se pourrait que le plafond s’ébranle, il s’embrouille, comme s’il allait appareiller – mon ventre s’isole, c’est une tuyauterie frémissante, entremêlée – un couteau tourne et se retourne en essayant, mais en vain, de s’endormir – je voudrais qu’un train me hache le ventre une bonne fois – je déplace l’objet de mon attention –
mes formes, sensuelles, un trou noir au centre – mes cuisses se dessinent, mes bras semblent se détacher, je dois produire l’effort de respirer – ma poitrine se gonfle soudain – je déplace l’objet de mon attention –
mon crâne est un four : thermostat 8 – avant que la douleur ne m’absorbe tout entier – 9, 10 – mes refuges peu à peu sont submergés – les picotements de chaleur sur mes pommettes font danser sur mes yeux des feux insignifiants : ces lueurs bleues, irisées, extravagantes, elles m’amusent – je sens que j’abandonne – je déplace l’objet de mon attention –
ma colonne vertébrale exige un instant de répit – j’ai faim, je désire la mort – je respire – la mort me paraît belle, à cet instant : ma mort à moi, violente, pas comme on s’endort, non, non, non, je ne veux pas dormir ! Je n’abaisserai pas les paupières, je me les découperai s’il le faut, savoir que je vais mourir maintenant me procure une joie sans partage : oui, sans partage ! Je crois que le plaisir de mourir, aussi bien que la douleur, est égoïste. J’ai reçu un coup, pleine tronche – les visions bleues grésillent – ne pas dormir : je ne désire que la mort – des dents me croquent et me déchirent – une langue caresse mes cordes vocales, les suce comme une friandise – c’est l’amour, ça ? – un grand coup, pleine tronche – c’est l’amour ?
Il y a des mains qui plongent dans mon plexus mou, des lèvres s’ouvrent, fontaine généreuse jaillissante je vois le coulis noir bouillonnant s’échapper paresseux je ne sais si je souffre. Je respire. Une dose traverse la gorge fêlée vers le cœur dérangé danse, danse dans mon ventre la dose – la rage – la fonderie en moi j’explose – mal, mal ! J’ai trop mal ! – j’explose ! La colère prend le tuyau de métal lourd dans ma poitrine me l’arrache en hurlant de dépit de douleur, me déchire la couenne, les muscles sanguins sifflent une vapeur dans l’air sec, il fait froid, de plus en plus froid ! Arrête de geindre ! Respire ! Face au plafond qui s’étoile, émerveillé pourtant, tu cherches un air, de l’air ! La tête en arrière tu chanterais volontiers pour le monde la triste mélopée que tu entends : je n’en veux plus de cette vie. Je n’en veux plus je n’en peux plus. Je me fais l’effet de hanter une parcelle d’espace, qui peu à peu se rétrécit. Je m’agite et puis cela ne sert à rien. Voilà. Je suis un homme qui ne rêve que de paix : n’y ai-je pas droit ? Malheureux comme ça, merde. Brouillé de l’intérieur, écœuré. Je n’arrive pas à réaliser, à me représenter tout ce temps qui est passé. En réponse aux questions que je me posais il y a dix ans : un tel sentiment peut-il s’atténuer avec le temps ?
Un tel sentiment peut-il s'atténuer avec le temps ?
Je me revois sortant de l’adolescence, cette adoration qui m’habitait, j’avais tant d’espérances ! C’est mon corps que j’exposais, je le plongeais tout entier dans le bain fulgurant de mes émotions, de mes désirs, je prenais le soleil ! Tout ce temps qui est passé. Ce soleil, c’était l’amour, c’était le plaisir de l’air libre sur ma peau, je m’y suis brûlé, carbonisé ! Je ne suis qu’un homme trop seul qui ne rêve que de paix. N’y ai-je pas droit, un peu ? Malheureux comme ça, merde.
Je suis fourbu, maintenant. Hors du ring, comme après le combat. Il y a les murs de cet appartement. Il y a les murs de mon quartier, de ma ville où je me frotte à m’en écorcher l’épaule, je fulmine ! Je tourne en rond ! Je n’en peux plus de cette vie. Fatigué de ne pas savoir pourquoi je pose un pied devant l’autre. Fatigué de n’avoir pour raison de vivre que l’espoir fou de me blottir un jour dans tes bras. Parce que c’est ça, la vraie vérité. Tout ce que je fais, tout ce que je suis : une boule nervée d’humanité, réfugiée au creux de ton épaule. Tes biceps qui s’enfoncent dans mes côtes, tes mains ouvertes qui se crispent et s’accrochent à moi, tu m’en grifferais le dos. Parfois, la belle chimère m’enveloppe d’une tendresse qui me protège, je peux mourir à cet instant : je suis bien. Ce serait peut-être mieux que je meurs, quand je suis si bien ! Qu’ils viennent avec leurs bombardiers jusque chez moi ! J’habite ici ! La Croix-Rousse, à Lyon ! Venez me prendre, à la seconde, vite ! Avant que le spectre ne s’effiloche, je veux voir valdinguer vos bombes au-dessus de ma tête !
Qu’elles pètent alors que je suis dans tes bras !
Cette vie d’espoir m’est une mort lente et douloureuse. Je n’en peux plus de cette chair qui bouge, qui vieillie, j’ai l’impression que ma peau se retourne, elle s’ouvre, une fleur atroce, qui s’épanouie, je n’en peux plus de la sentir vivante malgré moi. Elle n’est, peu à peu, que la violence qui m’est faite, la souffrance, une longue traînée froide qui me tire quelque gramme d’eau sale sur l’échine, une dose d’explosif : l’idylle fantasmée – la vision bleue – le plaisir, l’asphyxie – mes tripes cherchent une sortie, elles remontent comme un cri – LE MANQUE DE TOI ME BOUSILLE – ton absence est un petit carré de bitume qui se rapproche – oh putain je suis accroc’– jamais goûté ce produit – tes caresses – l’adolescent demande : les amours plus précieuses que la vie s’atténuent-elles avec le temps ? – qu’ils envoient leurs bombes ! Cette nuit ! – la dose – c’est plein de couleurs floues tout autour, ça m’éclate ! Je me cogne la tête – L’adulte répond : peut-être.












La voiture
La doublette
Un long escalier de pierre monte raide et droit. On n’en voit pas le bout, ce n’est pas un escalier de merlin, on sait qu’il se termine, on imagine une place d’église, des bancs de bois plantés dans les graviers, l’ombre de quelque platane. Je suis assis en bas de cet escalier. Paul est à côté de moi. Une foule est répartie tout le long, assise sur les marches, comme nous, ou bien debout, appuyée sur les murs clairs et propres qui courent des deux côtés, jusqu’en haut. Des feuillages verts bougent au grès d’un petit vent au-dessus de ces deux haies de pierres blanches. C’est un mariage, c’est un baptême, une réunion de famille, quelque chose qui y ressemble beaucoup, plutôt la famille de Paul, je ne reconnais pas la mienne.
Et puis, il y a cette rumeur. On va jouer aux boules. Formons des doublettes. Une femme qu’on ne voit pas, qui est peut-être déjà tout en haut, parle plus fort que les autres. C’est la mère de Paul, c’est sa voix. Elle dit « Paul jouera avec Pierre ». J’ai eu peur un instant que de voir ainsi son fils collé à moi, jalouse comme je la connais, elle ne profite de l’occasion pour nous séparer. Mais non : Paul jouera avec Pierre, la foule approuve. Oui, oui, Paul et Pierre.
Le salon
Ce qui semble être un couple d’amis d’humeur badine entre chez l’un des deux protagonistes. Ça rigole, les deux garçons sont très proches, intimes, complices. Heureux d’être ensemble. Cela fait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus.
C’est un petit appartement sombre, ils entrent directement dans le petit salon. L’invité s’assied rapidement dans le canapé marron, on ne sait pas ce qu’ils se racontent, mais on perçoit la tendresse de leur regard, ils se dévorent des yeux. Les sourires sont chaleureux.
Le propriétaire (locataire) des lieux ne s’est pas assis, guilleret il se dirige vers une porte, l’ouvre brusquement et disparaît derrière elle. C’est à l’instant précis où il l’a referme qu’une autre porte s’ouvre. Celle de la chambre, peut-être.
L’invité devine que la femme aux cheveux noirs qui lui fait face est la compagne de son ami. Elle lui lance des regards haineux, comme si elle s’apprêtait à la pire des violences, elle serait prête à lui enfoncer un couteau dans le bide. L’invité ne sait plus où se foutre. Elle grogne des paroles de bienvenu, une formule de politesse. Elle repart comme elle était venue.
Le ballet incongru des portes continu, puisque à l’instant où l’une se ferme, l’autre s’ouvre. Sur l’ami qui revient peut-être des chiotes, avec un sourire penaud qui n’a plus rien d’enjoué. Il semble qu’il ait vécu la scène, il baisse les yeux. Il a honte. Les tentatives bien timides de son invité pour détendre l’atmosphère sonnent creux. Quelque chose s’est cassé.
On ne sait qui, de l’homme ou la femme, rallume la mèche. Toujours est-il que la porte de la chambre est ouverte, on suppose que la femme, n’y tenant plus, est revenue à la charge. Après l’avoir savamment évité, elle cherche l’affrontement. Le couple se déchire avec une violence inouïe, on a le sentiment que l’homme se défend, répondant à l’hystérie par des propos saccadés, il se défend mais ne cherche pas la fuite. Se heurtant à un mur dur et froid, elle finit par lâcher prise, elle siffle une insulte, claque la porte derrière elle. Le témoin est atterré, honteux.
René m'a mis son poing dans la gueule.
On a besoin de poète, dit-il en ouvrant son échoppe. On a besoin de poètes à Fons. Dans un quartier qui, sommes toutes, ressemble à la Croix-Rousse, quartier dévasté que nul commerçant n’investit, il a ouvert, de plain-pied sur la rue. Il dit qu’il est à Fons, mais il est à la Croix-Rousse, je crois qu’il est rue Burdeau, la licence poétique n’excuse pas tout, à quoi lui sert l’aplomb ridicule qui lui fait dire qu’il est à Fons ?
Regarder tu regarder regarder
Tu
Regarder
regard
Des
Regards
des regardais-tu ?
Regardes
et regard des regards tus
Tu.
Tu. Tu regardes et regardes et retardes et
Tu
tardes
et regardes et tues
Tue !
Tue !
Tu
gardes égaré ton regard au delà