Le Grand Pont sur la Loire

Par les (h)auteurs :: 23/03/2008 à 14:23 :: Général

projet de lecture des (h)auteurs pour l'inauguration d'un pont - phase 1 - repérage



22 mars 2008 :

Une délégation des Hauteurs rend visite au Grand Pont sur la Loire, sous la direction de Jean Vincent BERLOTTIER, architecte de l'ouvrage. Comme il y a un trou providentiel dans le grillage du chantier, Jean Vincent n'aura pas besoin d'utiliser ses pinces coupantes. L'entrée se fait donc sans la moindre effraction. En tout cas, le délit ne semble pas franchement constitué. Les Hauteurs s'abaissent (une fois n'est pas coutume) et passent dans la déchirure. On voit plonger successivement Judith Lesur, Patrick Ravella, Leila Lovato, Frédérick Houdaer, Marie-Françoise Prost Manillier, Valérie Sourdieux, pendant qu'Etienne Faye écarte les fils de fer.
Au loin se dresse l'étrange silhouette du pont suspendu.  Notre conversation idem.

 

En silence nous traînons sous nos seize semelles la boue du chantier, et nous venons l'essuyer sur le tablier impeccable du pont. Avec discipline, nous avançons sur la voie de droite, tenus en respect par le haut muret central que personne n'ose enjamber. Pour la même raison nous reviendrons à contre sens, et le code de la route sera bafoué. Mais heureusement, il n'y a pas une seule voiture aujourd'hui. On pourrait croire à un épuisement définitif des réserves pétrolières.



La Loire hésite elle aussi sur le sens de circulation, elle cherche les piles de pont pour se repérer. Ne les trouvant pas, elle coule de droite et de gauche, au milieu d'îles qui se déplacent à vue d'oeil, emportant leurs mystérieux taillis. Je cherche un emplacement pour ma cabane. Mais l'emplacement idéal ne devrait pas être visible du pont. L'échec est assuré. Je poursuis mes recherches au ciel.




Les câbles du pont, revêtus de leur sous-couche jaune ressemblent à des élastiques de culotte. On  risquerait de ne pas les prendre au sérieux si, à la sortie du pont, là où ils n'ont pas encore été peints, ne transparaissait encore le gris de l'acier. Soudain je me sens plus rassuré, les câbles cessent d'être en caoutchouc et commencent à maintenir parfaitement les seize mille tonnes du pont. Est-ce bien seize mille tonnes ? mille tonnes par pied, deux milles tonnes par piéton, je crois que les normes de sécurité sont atteintes. Je ne ressens plus la moindre oscillation. Les débats peuvent reprendre, sur la couleur, sur la courbe du tablier, sur la torsion des câbles, sur l'inclinaison des suspentes et des pylônes.



Ca y est, nous avons trouvé la cabane. Elle est sous l'entrée du pont. Son plafond est fait d'un simple bloc de béton de huit mille tonnes (un des deux contre-poids du pont) qui repose sur quatre plots d'élastomère. Au fond, quelques marches d'escalier conduisent à une scène. Les auteurs y montent.  Ils prennent possession de ce lieu pharaonique. Ils se sentent déjà presque capables de vaincre, par la seule force de leur écriture et de leurs petits bras au plafond, la peur d'être écrasés sous la charge et la concurrence des petits fours.



texte Patrick Ravella
photos Judith Lesur

La Salle de bains (lecture publique du 19 janvier)

Par les (h)auteurs :: 06/02/2008 à 1:05 :: Général
Autant le dire de suite, je déteste les bains. En fait, j’aime l’idée du bain, mais je n’en ai pas la patience. Je passe vite du bienfait relaxant à l’effet émollient. Tout corps plongé dans le liquide se soustrait à la pesanteur disait Euréka. Moi, dans la baignoire, mes fesses pèsent sur la bonde et je ne remonte jamais. Je ne vogue pas sur l’écume tel le voilier de plaisance. Je reste dans les abysses, loin de la lumière. Les monstres invisibles rodent, des tentacules sournois me frôlent.  Le plancton m’a à l’œil qu’il n’a pas. Il ricane sans un bruit. Je pèse, tout pèse. Dans la baignoire, les minutes sont plus lourdes, l’air n’apporte que sudation et oppression. J’y deviens claustrophobe, comme englué dans une mélasse dont je ne m’extirperai jamais. Je suis Marat, mon agonie est lente et inexorable.

J’ai bien tenté d’adoucir l’atmosphère par l’apport de bougies distillant lumières et scintillement. Je me suis découvert une allergie à la paraffine et j’ai connu les dévastations des crises d’asthme. J’ai pensé à la musique, genre Nature & Découverte, mais l’image de Claude François m’est revenue ; tout cramé d’électrocution, tout gonflé de noyade, comme une huître rance cuite. Funeste fin qui sied aux stars mais pas à moi, non, pas à moi. J’ai essayé les sels de bains ; ils m’irritaient le cul. J’ai mis des boules effervescentes avec pétales de roses et onguents aphrodisiaques ; ça fait pschitt puis les cadavres flottent à la surface. On se sent désemparé comme l’enfant à qui l’on annonce que le père Noël, c’est fini. Je préfère éviter les illusions qui finissent mal. Je continue à croire au Père Noël, c’est comme ça, même si le tarif augmente chaque année. La mousse a tous les attraits qui devraient me ravir. Petits chuchotis, lascive et imaginative, ouate vol au vent. Mais je sens très vite son pouvoir corrosif, j’ai l’impression de rouiller plus vite qu’une épave. Et puis l’eau qui n’est jamais à la bonne température, ou trop chaude, ou trop froide. Cette eau que je soupçonne d’avoir desquamé mon derme. Moi qui adolescent bronzais comme du bon pain, je ne ressemble plus qu’à de la pâte. Je passe du lait caillé au rouge Albion puis m’en retourne au blanc purulent sans jamais plus arborer de couleur d’éphèbe croustillant. Ma peau reste cadavérique et n’a plus rien de l’appétence de la jeunesse. Je barbote dans mon bain et je suis obligé de constater le carnage ; une peau rêche et livide où quelques poils disgracieux poussent comme des cactus dans un désert de pierres et de lézards fossilisés. Mes bourrelets flottent comme des poissons morts. Ma baignoire n’a rien du sauna sensuel pour publicité de yaourt bulgare, c’est un cimetière marin qui grince et brûle sous le sel de la quarantaine. Je n’imagine aucune naïade, aucune sirène, aucune princesse, venir se lover dans mon corps d’amidon. Cette couche où jadis je sculptais montagnes et vallées sous l’inspiration d’ébats intrépides et audacieux. Des gloussements naissaient des geysers. Aujourd’hui, Waterloo, corne pleine. Le bain m’a cocufié. Donnez-moi une femme et vous verrez que ce baldaquin ne sera que bauge. Ma hanche carambolera son sein, une fesse enfoncera une côte, mon sexe ne trouvera aucun sésame, nous couinerons comme du plastique, nous gémirons comme les spires d’un matelas épuisé, nous serons deux limaces ventouses, encastrées et échouées. Il nous faudra une grue pour nous désincarcérer. Nous souffrirons le martyr pour nous décoller de l’émail et toute idée de dignité sera piétinée.

Je rêve d’un nettoyage à sec, comme pour les étoffes précieuses. Me laver et me détendre avec la seule vapeur. M’extirper de cette fange et atteindre le pommeau de la douche. Tirer sur la chevillette que ma bobinette chérira. Un jet de locomotive me submerge, fait disparaître l’acide, m’embrume, je pars dans un voyage de soie et de printemps. Je suis tonique, debout, je ne fuis plus comme un problème de mathématique.

Je connais un ami qui refuse de se laver entièrement plus d’une fois par semaine. Il veut préserver le velouté de sa peau et l‘authenticité de son odeur, dit-il. Il ajoute que c’est sa carte d’identité, l’affirmation de son unicité, c’est toujours moins judiciaire que des empreintes digitales, pérore-t-il. Rien que du naturel, le souffle des grands espaces, l’aventure au creux d’une aisselle. Comme l’époque est hygiéniste, il tient le secret bien gardé. Lorsqu’il loge chez des amis chez qui la toilette est quotidienne, il ne discute pas, il ne cherche pas à s’épuiser dans de vaines arguties, il s’enferme dans la salle de bains, fait couler l’eau, vide le shampoing au karité et le savon au jojoba dans le lavabo et chantonne avec conviction. Il passe sa brosse à cheveux sous le robinet et se peigne ; il a vu certains acteurs d’Hollywood le faire. Il fait des mots croisés pendant que la baignoire se remplit transformant la pièce en hammam. Il reste longtemps pour que l’admiration des autres se mue en léger agacement puis en franche culpabilité. Enfin, il actionne le siphon, se lave les dents, se parfume légèrement et sort la mine ravie, le pied humide dans la pantoufle pour asseoir son crédit. Ça, il l’a vu dans une émission de Jacques Martin.
- Ah, ça fait du bien, un bon bain ! Quel bonheur, cette douche ! Rien de tel pour commencer la journée ! C’est mieux que la sieste ! Mieux qu’une gaufre à la chantilly et aux fraises ! Mieux que France-Brésil 98 ! Mieux que Carla et Nicolas dans mon lit !
Vous le saviez qu’à l’étranger, le Français a la réputation de se laver fort peu et disons-le d’embaumer ? Je ne comprends pas cette réputation, je ne suis pourtant pas si connu.

C’est tout de même angoissant tout ce grabuge fait autour du corps. On doit le montrer, le conserver, l‘inonder d’essences chimiques. C’est comme un passeport. L’espace d’intimité se réduit, où peut-on encore laisser s’épancher notre envie de pisser sur les fleurs, laisser gambader nos mauvais penchants qui prouvent notre existence singulière ? Je ne veux pas me laver tous les jours ! Je veux pouvoir être un mauvais garçon ! Je veux sentir la chèvre et manger de l’herbe ! Je veux recommencer à fumer ! Je veux dormir avec ma petite fille quand j’ai peur ! Je veux que mon fils parle pour moi à ses copines ! Je veux abuser de mes étudiantes ! Je ne veux pas être propre, débarrassé de mes défauts et délits, prêt à être emménagé par d’autres. Je veux être une cahute insalubre que personne ne veut louer. Je veux être chez moi chez moi ! Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas du regard des autres ! Je veux m’enlever ce maillot ridicule qui m’étouffe et me colle à la peau ! J’ai faim ! Je veux danser ! Je veux que l’OL gagne la coupe d’Europe, je ne veux plus penser à l’argent, à Bush et au Darfour, je ne veux plus d’idées que je ne saurais prolonger en actes, je ne veux pas devenir une étiquette, je veux une femme !

je ne sais pas faire

Par les (h)auteurs :: 05/02/2008 à 20:41 :: Général

je voudrai poser sur le blog le texte que j'avais fait pour l'entrepôt:"une grande silhouette " mais je n'y arrive pas, ainsi que les photos d'aileurs.désolée,je suis demeurée.......... mefepeme.

Le recueil !

Par les (h)auteurs :: 23/01/2008 à 17:12 :: Général

Les dits et inédits des (h)auteurs



à commander ici


les (h)auteurs à la maison

Par les (h)auteurs :: 07/01/2008 à 9:11 :: Général




porte ouverte : invitation de Patrick Dubost

Par les (h)auteurs :: 07/12/2007 à 11:46 :: Général
Art Contemporain Diffusion Rhône-Alpes vous invite
 
Lecture - poésie

Oscarine Bosquet - Anne Kawala
Ecriture contemporaine au féminin

Vendredi 7 décembre 2007       19 heures 30
Galerie Mathieu 48 rue Burdeau 69005 Lyon
Entrée libre

rien

Par les (h)auteurs :: 26/11/2007 à 16:58 :: Général

un rêve à retardement. c'était grave,lâché.doucement,sous le large langage,un doigt furtif s'agite.au début. le plaisir sursaute et s'aligne dans la page simple.notes de sang. il n'y a plus qu'une main. mefepeme.

théâtre de Survie

Par les (h)auteurs :: 28/10/2007 à 21:02 :: Général


pour illustrer les émotions théâtrales de P. Ravella



Survie, de Danielle Collobert
mise en scène de Philippe Labaune

Bibliographie du songe

Par les (h)auteurs :: 06/10/2007 à 10:35 :: Général
Tiens, me dis-je, et si nous échangions quelques idées de lectures ?

Thème du moment : le rêve, le songe, le cauchemar... 

con/firmation

Par les (h)auteurs :: 28/09/2007 à 11:22 :: Général

nouvelle réunion des (h)auteurs

en résidence pour une soirée dans l'appartement artistique de Claude Piot
lundi 1 er octobre à 20h

Cameroute 6

Par les (h)auteurs :: 05/07/2007 à 18:58 :: Général
La suite … enfin. Mais que c'est dur d'écrire en France, et plus encore en Avignon. Mais je résiste ! Plus que 2 jours à vous conter après celui-ci … Samedi 23 juin Au petit-déjeuner, l'océan est au rendez-vous, mais pas le fruit frais. La livraison en provenance de Douala n'est pas arrivée. Je m'étonne, tous les arbres dans les environs me semblent fruitiers. On m'explique que les Kribiens sont portés sur le poisson et les plantes pilées. Je trouve qu'un hôtel à trente euros la nuit (le tiers du salaire mensuel moyen du pays) pourrait se payer quelque effort à la satisfaction de ses clients, mais je sens le combat perdu d'avance. J'avale mon jus d'orange chimique comme pénitence à mes caprices de diva. Nous allons au marché aux poissons. Il y a foule, contrairement à l'autre dimanche. Je révise plusieurs de mes jugements. Tout d'abord, le centre de pêche artisanale de Kribi est un don du peuple japonais, et non coréen. Il est un symbole de l'amitié et de la coopération entre les deux pays. C'est écrit à l'entrée sur la plaque datée 2006. D'ailleurs, je vois bientôt un employé du soleil levant à la table près de la chambre froide. C’est une sorte de greffier qui consigne les entrées et sorties de glace ; 500 CFA (0,80 euros) le seau, 1 750 CFA (27 euros) le sac de 50 kilos. Il est imperturbable et je le soupçonne d'être en méditation avancée. Ce doit être le prix à payer pour conjuguer aussi subtilement charité et commerce. Il aligne les chiffres qui attestent l’amortissement de la philanthropie nippone. Il faut reconnaître que la glace pilée qui sort du fortin réfrigéré est redoutable d’efficacité ; j’observe plusieurs vendeurs s'échiner à détordre leur poisson congelé pour lui rendre l'aspect du frais. Les rectangles en carrelage blanc sont au nombre de huit, et non de trois. Je ne pense pas qu’une quelconque action divine les ait multipliés pendant la semaine ; cela prouve que mes observations ne sont pas toujours d’une rigueur exemplaire. À qui exposer mon dos pour recevoir la verge ? Le sang et la bave des poissons se mêlent au jus des tongs des commis. Je vois là des amas de raies, de petits requins, de barracudas, de crabes, de crevettes, de langoustes, de soles, de carpes rouges, de daurades, de turbots et de bars. Je note aussi ce que mon intrépidité me fait nommer poisson roche et même, je me lance, kakango. Je dois confesser que la ligne entre la bouche de la marchande et mes oreilles n’était pas fameuse ; il se peut que le célèbre kakango ne soit qu’une appellation d’origine hasardeuse. L’essentiel est de s’imaginer la variété des poissons et les reliefs qu’ils dessinent au gré des arrivages et des ventes. Les règles de pêche semblent plusieurs fois bafouées car on trouve de tout, petits et gros, menu fretin et pièces de concours. Le pêcheur amène son gros bac en plastique jaunâtre et le vide au pied du rectangle. Un employé le trie et le place sur le rectangle. Il a la dextérité du croupier. Les clients s’agglutinent sur les bords et font leurs jeux mentalement. Ils veulent acheter le meilleur lot qui leur assurera la petite plus-value à même de garantir gîte et couvert pour la semaine. Un huissier pose sa chaise et ouvre son cahier pour consigner les transactions. Il n’y a pas d’enchères, mais je peux sentir la fébrilité des uns et des autres. Le pêcheur regarde attentivement le travail du placier car son talent peut décupler ou amoindrir le gisement. Bertrand zieute ses turbots comme Chimène le fait de Rodrigue. Il dévalise les étals et laisse plusieurs milliers de francs CFA pour rassasier son envie de poisson. Il embauche un écailleur qui vide et racle la marchandise sur l’escalier du port, les pieds dans l’eau. Une pirogue lui tapote parfois le dos. Les écailles volent comme des médaillons de glace. De près, elles ressemblent à des lamelles de peau irisée, des empreintes digitales en série. La bestiole évidée et desquamée se nettoie dans l’eau brunâtre du port, puis se balance dans un des sacs en plastique tissé que vendent des gosses pour quelques centimes. Les besaces de Bertrand se remplissent comme une panse repue.

où confier Louise?

Par les (h)auteurs :: 04/07/2007 à 14:44 :: Général

elle est très agitée. encore petite. est-ce la peur du nez à nez avec Piano,sur la marche d'escalier? où le nez-à-nez avec Nougatine? sur la même marche d'escalier? la peur de leur si grande différence? la méchante qui marche sur les marches regarde Louise. promis. elle pourra enfin disparaître,en toute discrétion,souple et rapide,ni vue ni connue,éclair rutilant,rouge et orangé. bientôt.

le mythe des mamelles

Par les (h)auteurs :: 24/06/2007 à 7:01 :: Général