Elle m'a dit, ça s'est joué à pile ou face.
On la garde ou on l'efface.
Ça peut paraître monstrueux, maintenant qu'on n'est plus dans le contexte, mais la décision était trop difficile à prendre. Et puis ton père et moi, à l'époque, on était joueurs.
Joueurs, c'est bien ce qu'elle m'a dit.
J'ai hésité entre lui donner une gifle, très forte, ou partir, tout simplement partir, mais je suis restée paralysée, là, à regarder son visage qui ne savait pas trop quel air prendre, son visage pathétique de vieille petite fille.
pourquoi pas
un blog-poubelle
dernière demeure des rebuts
cimetière de fausses pistes
refuge d'histoires abandonnées
recueil de ratés
tas de scories
fosse commune des (h)auteurs
?
je voudrais proposer des incipits ou citations contenant le mot rêve comme supports narratifs lors d'un atelier d'écriture,
des suggestions ?
la pente du pont
la fente du fond
l'attente du ton
la rente du rond
lassante du son
Exister, c'est plus qu'être. C'est être, et le faire savoir. Tendre à
être entendu, s'étendre, pas forcément tendrement, pour rendre ce qui
nous est dû, sans être dupe.
Rentrer dedans, sous des dehors denses, être ardent, les dents prêtes à
la morsure. Dépecer. Dépuceler le moins sûr comme l'évident. Évider
l'évitement. Mentir, évidemment.
Exister, donc. Sans se désister. Hésiter, oui, mais sans cécité. Quitte
à s'esquinter les yeux à cerner ce qu'on ne discerne pas, dire ce qui
ne nous concerne pas, s'acquitter de son devoir de voir.
Exister et écrire. S'écrier ? Se griller et se cribler de mots,
écrabouiller le réel sur l'écran de ses embrouilles, se débrouiller
crânement et s'ébouillanter le crâne, décanter sans être à cran, mais
décamper quand ça craint...
Écrire. Quand la langue copule avec les usages, quand l'encre coagule
dans le sang de la page, quand le sens se fond dans la forme et se
formule dans l'infime. Sans virgule, la feuille vierge est infirme. Et
c'est sur elle que le "je" éjacule.
(...)
Je les avais prévenus I
Je les avais prévenus en début d'année.
Je leur avais dit, j'ai des projets personnels, personnels pas dans le sens, projets de vie, parce que ça, je n'y pense même pas, non, personnels dans le style boulot, commande, textes potentiellement rentables, c'est-à-dire payés, c'est-à-dire pas forcément foncièrement complètement incompatibles avec la possibilité d'un projet de vie.
Bref, j'avais dit : les lectures des (h)auteurs, perso, c'est fond de tiroir et recyclage. Pas question, comme l'année dernière, de perdre du temps à écrire, à écrire pour le plaisir.
J'ai de trop gros chantiers ailleurs, des trucs lourds, un peu comme une grande grande étendue marécageuse qu'il me faudrait assécher à la petite cuiller.
Outre l'absurdité de la tâche, que j'ai décidée, depuis longtemps, de ne plus questionner, sinon, autant mettre des cailloux dans ses poches, du sable dans sa bouche et sauter, pieds et poings liés, dans ce foutu marécage, donc, outre l'absurdité de la tâche, puisque sans vouloir jouer sur le registre judéo-chrétien de l'épreuve ou de la mission, on ne peut quand même pas nier que c'est d'un labeur dont il s'agit, je voudrais m'attacher à construire.
Projeter dans le long terme. Utiliser le sable, que je suis souvent bien tentée de me fourrer dans la bouche pour étouffer un cri, mélanger ce sable, donc, à l'eau, et cimenter quelque chose dans la durée. Arrêter de me faufiler dans les interstices, même si ça sert parfois à colmater des failles, des béances, voire des abîmes, disons, faire autre chose que m'immiscer dans des fissures qu'on ne remarque que si on a le regard aiguisé pour.
Donc, ne pas me contenter de creuser un sillon dans un champ en jachère, mais viser le développement durable, m'inscrire à la fois dans le temps et dans le paysage, bref, pas survivre, mais exister.
ça lit
ça fume
ça danse
ça photographie
ça (s')expose
mais est-ce que ça écrit ???
le temps qu'on déploie à écrire
les parenthèses pour soi
qu'on essaie de glisser dans le quotidien, le réel, l'alimentaire, le nécessaire :
le matin quand les enfants dorment encore
le soir après le boulot
tous les jours à la même heure
à la dernière minute
..
(...) Comment fais-tu pour survivre "en ces périodes de fête"? Moi, je n'y arrive pas. Enfin, disons que ça se voit que je m'asphyxie. JL Les fêtes ? Quelles fêtes ?
que
que
que
que
que
que
que
que
que
que
parlons ponctuation
textes perforés
lignes et respirations
inspirations et soupirs
liaisons plurielles
accords singuliers
...
Comme vous pouvez le constater, le thème de cette semaine est la non-écriture.
Pas du tout par absence de temps ou d'idée, non, par concept.
Peut-être même par idéologie.
Parce que le non-acte est un acte.
Et le non-mot, un lâcher-prise vis-à-vis du langage qui est tout sauf facile.
D'ailleurs, quoi de plus parlant qu'un non-dialogue ?
Non-lire fera l'objet d'un prochain non-billet,
il faut que je m'entraîne un peu.
et je rêve que pendant mon sommeil
on
va venir me couper
les oreilles
j'ai 36 ans
et je m'endors, la main, ou le drap,
sur l'oreille