autre avis sur les rêves

Par les (h)auteurs :: 19/04/2008 à 9:52 :: Patrick Ravella

« Je pensais dernièrement au rêve et à la place exagérée qu'une littérature lui a attribué durant des années – et aujourd'hui encore les « deux cents » poètes et je me disais que personne, pas plus les critiques que les auteurs, que personne ne s'était avisé que l'on rêve mal comme l'on écrit mal ou que l'on respire mal, et, qu'en soi, le rêve n'est pas bon signe. J'avoue que cette pensée m'a laissé rêveur et que j'ai regretté ne pas avoir une bibliothèque sous la main pour démarquer les rêves mal faits. »

Blaise Cendrars, lettre à J.H. Lévesque, Hôtel de la paix, Lausanne, 15.03.1942.

Les dangers de la poésie

Par les (h)auteurs :: 15/04/2008 à 22:10 :: Patrick Ravella


Dans la série de mes citations préférées :

"Emile Verhaeren est mort sous un train à Rouen, poussé par le mouvement d'une foule qui venait de l'écouter."

(Philippe Lançon, Supplément à Libération du 5 avril 2008)

Voilà, ça peut être dangereux une lecture publique. Sous un pont, par exemple. Ou à l'oreille d'un cheval au galop (attention Judith) etc...

Autres ponts n°3 : Le pont de l'université

Par les (h)auteurs :: 04/04/2008 à 20:02 :: Patrick Ravella



Un vieil homme debout à la sortie du pont présente des pancartes aux voitures qui passent. Il donne après le Rhône un cours de niveau supérieur. Comme il est sans chemise et que son pantalon tient avec une ficelle, on ne lui accorde aucun crédit. Mais lui, armé d’une sagesse et d’un courage infinis, résiste à cette indifférence. Parfois, de l’index, il désigne un objet - pilône, rambarde, pavé, ligne blanche, papier tombé au sol... Les indices dérisoires qu’il produit sauront-ils nous prouver quelque chose ? Personne à ce jour n’est capable de suivre sa démonstration. On le prend pour un fou. J’ai fini par savoir qu’il était professeur. Aujourd’hui retraité, il enseigne à main nue sa théorie du monde refusée par les éditeurs. Ses anciens collègues de la faculté, lorsqu’ils empruntent le pont, font semblant de ne pas le connaître.

Autres ponts n°2 : La passerelle du palais de justice

Par les (h)auteurs :: 30/03/2008 à 14:05 :: Patrick Ravella




Pour accéder au tablier, il faut se glisser sous les cuisses d’une jeune géante qui enjambe l’entrée de la passerelle et serre, entre ses mâchoires d’acier, les filins de soutènement. À l’instant où l’on passe à l’aplomb de l’enfourchure, on est tenté de lever la tête en un geste indiscret. Mais sur l’autre berge veille une austère marâtre : le teint blafard, large de taille, ceinturée de colonnes, elle condamne par avance le moindre regard, et même la pensée. On avance alors tête basse, souvent même on fait demi-tour sans oser franchir la passerelle.

Autres ponts n°1 : La passerelle du collège

Par les (h)auteurs :: 24/03/2008 à 18:28 :: Patrick Ravella



Longtemps, j’ai tenu mon bureau sur un plancher mobile, passerelle du Collège, à distance égale des deux rives. Entrant et sortant de leurs classes, chargés de lourds cartables, les élèves traversaient devant moi sans me voir. Le rire des collégiennes et leurs jambes rapides me faisaient trembler. Le pas brutal des garçons renversait mon encre. Le vent qui soufflait sur le fleuve emportait mes plus précieuses pages dès que je levais mon crayon. Il me débarrassait aussi, je l’avoue, de toutes celles qui ne valaient rien. Seules restaient les phrases assez pointues pour se graver dans la mémoire, et les prénoms des belles adolescentes qui ne m’adressaient pas la parole. Jamais depuis je n’ai reçu de meilleur enseignement.

Le collectif d'écrivains

Par les (h)auteurs :: 25/11/2007 à 19:34 :: Patrick Ravella



Dans un livre dont je vous recommande la lecture (Ecriture, Albin Michel 2001) Stephen King évoque les différentes expériences d'ateliers d'écriture et de communautés d'écrivains qu'il a connues ou rêvées. Celle-ci par exemple :

« Chaque participant dispose de sa petite cabane personnelle où il passe en principe la journée à écrire... Le soir tous les membres de la communauté se rassemblent dans le pavillon collectif pour un dîner et d'enivrantes conversations avec les écrivains en résidence. Plus tard, devant un feu de cheminée pétillant, dans le salon... on lit et critique les travaux des uns et des autres. »
« Vous êtes supposés écrire, bon sang de sort, au moins pour que vos collègues aient quelque chose à critiquer... Et au fait, qu'est-ce qu'elles valent ces critiques ? Et bien pas grand chose, selon moi – désolé. »

Je donne des extraits réduits à l'essentiels, mais je peux vous garantir que ce passage est très drôle et très cruel.

En le lisant j'ai compris pourquoi nous avions jusqu'ici évité de commenter les textes les uns des autres. Je sais que certains s'en plaignent, qu'ils assimilent ce fait à une carence, mais moi je trouve notre attitude sage. D'instinct, nous avons évité bien des platitudes (ou pire : des grandiloquences) et bien des malentendus. Je vois d'ailleurs qu'après l'épisode du rêve de Dominique Delfan du 29 octobre, et la direction qu'a pris le dialogue dans les commentaires, il y a eu un temps d'arrêt.

Je pense le plus grand bien du texte de Philippe « un rêve enfin pêché », je peux dire que, de tous ceux qu'il a postés, c'est mon préféré et que que je le glisserai avec plaisir dans mon oreiller. Mais je n'ai pas envie de donner plus de détails, qui nous encombreraient tous.

J'étais en train de préparer un petit abrégé à partir du livre de Stephen King quand je suis retourné sur les Hauteurs, et j'ai découvert la proposition de Judith à propos de la ponctuation. Je pense qu'elle est arrivée à la même conclusion que moi : ce dont on peut parler avec bénéfice, c'est la technique, et je vais vous transmettre d'ici peu les bons conseils d'oncle Steve.
 

Un rêve de Freud

Par les (h)auteurs :: 29/10/2007 à 18:33 :: Patrick Ravella
Sigmund fronça ses sourcils broussailleux, agita son cigare menaçant, chercha ses lunettes sous les piles de manuscrits qui encombraient son bureau, ne les trouva pas, jeta son cigare dans la corbeille à papier, saisit son stylo, inscrivit sur sa manchette "meine Brille" et se tourna vers son interlocuteur : - Je ne suis pas d'accord avec votre théorie, jeune homme. Vous allez trop loin. J'ai trop travaillé, trop combattu, pour admettre maintenant la fortuité des rêves. - Herr Professor, je ne discute pas le reste de votre oeuvre. Le travail d'interprétation que vous faites accomplir à vos patient est remarquable, les chaînes associatives conduisent bien, comme vous l'écrivez, à l'élucidation des messages en provenance de l'inconscient. Mais le rêve lui même est fortuit, comme les taches du test de Rorschach. Le contenu du rêve n'est rien, c'est le récit et la recréation projective qui est tout. Avec le même bénéfice pour lui, le patient pourrait tout aussi bien analyser le rêve d'un autre, ou un petit conte de fée lu dans un livre. De la fumée commençait à sortir de la corbeille à papier. Soudain, des flammes s'élevèrent. Freud renversa la corbeille, piétina les feuillets pour éteindre l'incendie. Il dispersa les cendres à grand coups de chapeau. Puis il se pencha. Parmi les fragments calcinés il ramassa un objet noir : "Ach ! j'ai retrouvé mes lunettes Au moment où il les mit sur son nez, il se réveilla. Du revers du bras, il s'essuya le front. Une fois ce geste accompli, Freud vit sur sa manchette quelques mots écrits à l'encre noire : "der Traum ist... " Mais le reste était illisible. L'encre s'était fondu dans la sueur, il ne restait plus, de la belle théorie, qu'une traînée noire sur le front du rêveur.

Allons aux théâtre

Par les (h)auteurs :: 23/09/2007 à 20:22 :: Patrick Ravella
Faute de retrouver Fred Houdaer à la réunion des Hauteurs, je le rattrape sur un trottoir de la rue sergent Blandan, en route pour le spectacle "SURVIE", mis en scène par Philippe Labaune. Nous entrons à "ArtPsy". Le silence se fait. Puis, côte à côte dans le noir, éclairés seulement par une petite ampoule orangée et les deux témoins lumineux d'un Revox, nous assistons à la cérémonie. Philippe Labaune n'a jamais compris pourquoi je préfère l'appeler chorégraphe. Allez voir son spectacle, vous me direz si j'ai raison. Survie, de Danielle Collobert Miniature théâtrale Jeu : Isabelle Paquet - Mise en scène : Philippe Labaune Création son : Chloé Catoire – Scénographie : Claire Davy – Administration : Frédérique Cluzeau. Représentations à venir : les 24 et 25 septembre à 21h à la friche rvi, 84 avenus Lacassagne, Lyon 3ème - le 27 septembre à 18h30 à la librairie A plus d’un titre, 4 Quai de la Pêcherie Lyon 1er - les 29, 30 septembre et 1er octobre à 21h, en appartement, 26 rue de l’Annonciade (2ème étage), Lyon 1er Durée 30 minutes - Nombre de places limité - Réservation nécessaire au 04 72 73 47 78 Déclaration des artistes : "Nous avons mis en scène en octobre 2006 Meurtre de Danielle Collobert. Son premier texte publié, écrit entre 20 et 24 ans. Une fulgurance. Aujourd’hui nous continuons notre cheminement avec cet auteur majeur. Survie est son texte ultime, publié en 1978. Quelques mois avant son suicide. A soixante exemplaires chez Orange Export Ldt. Survie s’imagine comme une forme performante, indépendante, intempestive, propice à surgir dans les lieux les plus improbables, les plus libres, les espaces perdus. Survie. Six pages. Seulement. Un cri ramassé. Un saut dans le vide. Un épuisement." Spectacle réalisé avec le soutien de la Ville de Lyon

Laitière

Par les (h)auteurs :: 11/08/2007 à 11:14 :: Patrick Ravella

Dans le lait des rêves, il tombe toujours une mouche.
(Ramon Gomez de la Serna)

Proposition de mythe

Par les (h)auteurs :: 23/06/2007 à 18:36 :: Patrick Ravella

La crémière, c'est le mythe de l'abondance. Le beurre et l'argent du beurre, les bras blancs qui bercent et qui protègent. S'il arrivait que la crémière soit ruinée (ce qui ne relève plus du mythe mais de l'impossible) elle pourrait encore nourrir son époux avec le lait de ses propres seins.

écrit tard la nuit

Par les (h)auteurs :: 19/06/2007 à 22:35 :: Patrick Ravella

Il est déjà l'heure d'aller se coucher.