Lecture publique : Guy Môquet et le croc de boucher

Par les (h)auteurs :: 22/10/2009 à 22:11 :: Patrick Ravella

On peut s'étonner de l'insistance avec laquelle Nicolas Sarkozy pousse en avant la figure de Guy Môquet, jeune communiste de dix sept ans fusillé par les nazis.

Bien sûr il y a la belle lettre, celle d'une victime innocente qui consent à son sacrifice. Mais que trouve-t-on dans cette lettre à propos de la Résistance ? Rien. Comment aurait-il pu en être autrement, pour une déclaration écrite sous le contrôle des tortionnaires.

Surtout, le discours officiel qui accompagne cette lettre, et contraint sa lecture dans les écoles, est absolument paradoxal. Pour honorer l'idée de Résistance, on n'en tolérera aucune : la lecture est  obligatoire, et chaque professeur qui tenterait de résister, ne serait-ce que pour donner l'exemple, sera pendu à un croc de boucher. Le contenu et l'autoritarisme de cette injonction, beaucoup plus que le contenu de la lettre, avec lequel il est en contradiction totale, est édifiant sur les rapports que le pouvoir actuel entretient avec l'idée de résistance.

L'affaire de cette « lettre volée », volée par un tenant du libéralisme et du petit doigt sur la couture du pantalon, pourrait n'être que comique ou pathétique. Mais ce n'est pas le cas. Car il n'y a en réalité aucun paradoxe. Le seul message qui soit véhiculé par cette lettre, tellement assourdissant qu'il s'imprime sans qu'on l'ait entendu, je vous propose de l'écouter maintenant, dépouillé de l'émotion et de la littérature :

« si tu as dix-sept ans et si tu résistes, tu seras fusillé. »

Voilà qui est plus conforme à l'imaginaire Sarkozien tel qu'il s'exprime par ailleurs dans d'autres circonstances, par exemple dès qu'il rencontre la moindre résistance à sa propre mégalomanie. On se rappelle le « casse toi pauv'con », qui reste du niveau de la cour de récré, mais on a tendance à oublier un peu vite le « je les ferais pendre à un croc de boucher » qui nous fait basculer dans un tout autre registre, celui de l'horreur. Car cette phrase est reprise de la bouche même d'Adolf Hitler, qui l'a prononcée à l'encontre de ses opposants – les officiers de sa propre armée qui voulaient arrêter le massacre.

Aujourd'hui, 22 octobre 2009, avec le procès Devillepin-Sarkozy et la lecture imposée aux lycéens, l'actualité met en regard ces deux faces du diptyque infernal : la lettre de Guy Môquet et le croc de boucher. Les masques tombent, pour qui veut bien regarder les choses en face. Et on comprend ce qui motive tant Sarkozy dans le cas Guy Môquet : il regrette de ne pas avoir pu le fusiller lui-même et, soixante huit ans plus tard, il se repaît encore de ce supplice. Il redira ainsi chaque année à l'oreille des enfants (ce n'est pas pour rien que la lettre doit être lue à haute voix, cela évite qu'on ait le temps d'y réfléchir) :

« Si tu as dix-sept ans et si tu résistes, tu seras fusillé. »

Mais tous les résistants n'ont pas dix-sept ans. Tous ne se laissent pas fusiller. Et si des généraux allemands ont été pendus à des crocs de boucher, leur bourreau a fini brûlé dans son bunker. C'est en tout cas ce que nous rappelle l'Histoire, au moins tant qu'elle continuera d'être enseignée, et si l'on veille à ce qu'elle ne soit pas réécrite.

HAMMETT sert à boire

Par les (h)auteurs :: 19/08/2009 à 18:31 :: Patrick Ravella
Extrait sec d'un polar « hard boiled »

Chapitre 1 (extraits)

Adossé au bar... je demandai à Dorothy ce qu'elle voulait boire.
- Whisky soda, dit-elle.
Mon verre était vide; j'en commandai deux...
Elle leva son verre :
- A la vie de famille, dit-elle.

Chapitres suivants (extraits)

Je bus un premier verre avec Nora qui se préparait à aller chez le coiffeur, puis, après une douche, un deuxième. Je me sentais beaucoup mieux quand le téléphone sonna.
Je me retournai, un verre dans chaque main.
- Le déjeuner peut attendre, dis-je.
- Wynant aussi, coupa Macaulay, en prenant le verre que je lui tendais.
Le lendemain matin j'étais plutôt vaseux quand Nora me réveilla.
- Je donnerais toutes ces salades des élections municipales de New York pour un bon whisky.
- Si on buvait un verre en attendant ?
- Oui, mais donne moi un verre, je t'en prie.
- Pourquoi ne déjeunes-tu pas avant de boire ?
- Il est trop tôt pour déjeuner.
Nora revint avec deux verres et une nouvelle question.
J'écartai la chienne pour prendre mon verre.
- Mais est-ce que Wynant avait réellement volé cette invention? demanda Nora, reposant son verre sur la table.

Dans l'après-midi, je m'arrêtai chez Jim pour y siffler deux verres, y tombai sur Larry que je ramenai au Normandie. Nous trouvâmes Nora qui abreuvait de coktails les Quinn.  Nous nous transportâmes dans la chambre avec nos verres. 
Et je passai dans le salon pour remplir mon verre.
J'arrêtai la radio et me versai un coktail.
Quinn remplissait son verre.

- Tu ne crois pas qu'on devrait boire un verre avant de s'endormir ?
- Non merci, dit-elle.
- Pour moi je crois que ça s'impose.
Quand je revins avec mon whisky-soda, Nora, les sourcils froncés, regardait fixement dans le vide. Elle se pencha et but une gorgée à mon verre.
- Peut être qu'un verre ne me ferait pas de mal, dit-elle avec une moue.
Je me levai pour lui préparer un mélange. Il était près de cinq heures du matin.
- Dorothy qui s'amène. Elle a l'air complètement noire.
Elle était saoule comme une grive.
- Où as tu ramassé cette muffée ?
Je songeai que ma femme n'avait pas touché à son scotch et passai dans la chambre où je vidai son verre.
- Si on buvait ? dis-je.
Je lui versais une dose terrifiante de whisky et la lui fit avaler. L'effet fut radical.
- Tu es content maintenant ? demanda Nora.

- Un whisky, d'abord ?
- Tout ce que tu voudras excepté un « flip » à cause de mon foie.
Je distribuai les verres et m'assis près de Mimi.
- Est-ce que Dorothy était très partie hier soir ?
- Peut-être l'étais-je moi-même, mais elle m'a parue normale.
Elle agita son verre en guise de conclusion.
- Comment se débrouille-t-on pour boire, ici ?
- On se lève, répondis-je, on s'approche de la table où sont les bouteilles et la glace et on se sert !
- Tu bois trop, chérie ! remarqua Mimi.
- Pas tant que Nick ! répliqua la jeune fille en se dirigeant vers la table.
- Vous avez soif, Nick ? cria Dorothy.
- Oui, merci !
Je pris le verre que me tendait Dorothy et déclarai qu'il était temps que j'aille m'habiller.

- Je peux ? dit Jorgensen, se levant et se dirigeant vers la table où se trouvait la bouteille.
- Si nous buvions un coup ?
- Bien sûr, fit Nora qui se leva.
Nora revint avec un siphon, une bouteille de scotch et des verres.
Nous bûmes tous en coeur. Puis Guild posa son verre vide sur le plateau et se leva.
- Si on s'envoyait un autre verre ?
Elle m'en remplit un.
- Bon dieu ! dis-je en me tournant vers Nora, sers nous à boire.
- Parfait, buvons un coup.
Nous prîmes chacun un verre sur le plateau qu'apportait Nora.
Blême, elle approcha son visage du mien, renversant une partie de son verre sur ma manche.
- C'est Quinn qui t'a procuré le pistolet.
- Non, il était saoul. Il s'était endormi.
- Je vais terminer les coktails, dit Jorgensen, excusez moi une minute.
Jorgensen entra avec les coktails.
- Vas nous préparer des coktails mon chéri.
Gilbert revenait avec le shaker. Mimi vida rapidement son verre et le fit remplir par Gilbert. Mimi avala son troisième coktail. Je vidai lentement mon verre.
- Allons chez Max : j'ai envie de me taper une douzaine d'escargots.

- Comment te sens-tu ?
- Mal. J'ai dû me coucher sans avoir pinté.
Guild, un verre à la main, m'accueillit au salon.
Je réclamai un whisky. Nora alla commander les repas et remplir les verres.
- Une femme vraiment épatante, estima Guild.
Le téléphone sonna de nouveau. Nora nous distribua nos verres et alla répondre.
Il nous serra la pince, à Nora et à moi et nous remercia pour le whisky.
Dorothy et Quinn étaient assis au bar quand j'entrai au Palma Club.
- Qu'est ce que tu bois ?
- Un rose.
- Allons voir Nora. La gniole est aussi bonne là-bas et on boit à l'oeil.
- Faites un peu le barman, dit Nora à Quinn, vous savez où est le poison !

- Où l'as tu ramassée ?
- Dans un bar... tu n'es pas noire, non ?
- A peine !
Nous nous assîmes à une table, dans un coin, et Studsy donna des instructions détaillées à propos du champagne.
Je m'interrompis. Le garçon arrivait avec le champagne. Nous le goûtâmes et le déclarâmes excellent. En réalité il était ignoble.
- Tu crois qu'il a tué la fille ? demandai-je à Studsy.
- Laisse-moi remplir vos verres.
Nora déclara qu'elle voulait rentrer tôt et qu'elle ne voulait pas se saouler.

Nunheim s'approcha de la table et prit une bouteille qui contenait un fond de whisky. Il poussa deux verres dans notre direction.
- Vous prenez un verre ? dit-il.
Guild fit la grimace.
- Cette saloperie ! Merci ! grogna-t-il.
- Elle me rend cinglé quand elle boit, grogna-t-il; elle m'a cherché toute la journée.
Je versai un peu de whisky dans un gobelet que je tendis à Nunheim.
- Merci, bégaya-t-il. Il but, toussa, et tira un mouchoir crasseux de sa poche pour s'essuyer la figure.

- Si on s'en envoyait un ?
Elle prépara des cocktails. J'en étais à mon troisième quand elle revint du téléphone.
Je cessai de boire pour me demander :
- Au fait, est-ce que Nunheim et Jorgensen se connaissent ?

Quinn était saoul comme une bourrique, et Dorothy avait incontestablement un verre dans le nez.
Quinn s'approcha de nous en titubant.
- C'est la faute d'Alice. Elle me fait la gueule depuis une semaine; si je ne buvais pas, je deviendrais cinglé.
- Qu'est-ce qu'elle te reproche ?
- Je bois trop.
Elle offrit de faire avaler quelque chose – quoi au juste ? - à Quinn qui ne tenait plus debout.
Dans le taxi, Quinn, écroulé dans un coin, endormi, dans l'autre Dorothy, raide et silencieuse.
Je hissais Quinn chez lui. Il était à peu près inerte.

- Il est trop tôt pour rentrer, conclut Nora.
- Il y a des bistrots, remarquai-je, et des boîtes de nuit et Harlem.
- C'est toujours la même chose ! dit Nora en faisant la moue... Je préfère retourner chez ton ami Studsy, à condition que tu m'évites ce champagne infect.
Nous nous juchâmes sur des tabourets et je commandai à boire.
Nous prîmes nos verres sur le comptoir pour aller nous caser à la table que le garçon avait réussi à insérer entre deux autres. Nora trempa ses lèvres dans son verre et frissonna :
- Crois-tu que ce soit la décoction de ciguë dont il était question dans le mot croisé d'hier ?
Nous passâmes la commande et le garçon s'en alla.
Il la mena vers le bar.
- Elle travaille son chant et...
Shep contempla son verre vide.
- Ton lait de panthère doit lui rôder les cordes vocales.
Il se retourna pour crier à Pete :
- Hé ! Sac au dos ! remets nous ça ! On chante au temple demain.
- Ça vient, ça vient, Sheppy, cria Pete.
- Ce salaud de Sparrow, m'expliqua-t-il, quand il a un verre dans le nez, faut pas prendre de risques avec lui.

Dorothy gémissait :
- Je vais être malade ! Je le suis...
- Quel pétrole ! dit Nora.
Elle laissa tomber sa tête sur mon épaule.
- Nicky, dit-elle, ta femme est noire !
Mimi ouvrit la porte et entra portant sur un plateau une bouteille de whisky, un siphon, des verres et de la glace.
- J'ai pensé que vous auriez soif, dit-elle aimablement.
Nous la remerciâmes.
Elle posa le plateau sur la table, dit : « Je ne veux pas vous déranger »...
Il se tourna vers le plateau.
- Comment le prenez-vous ? dit-il.
- Sec, merci.
Il me tendit mon verre de whisky.
Guild qui allait boire reposa son verre sur la table.

- On continuera le round tout à l'heure, va me chercher de l'eau.
Nora revint enfin avec un grand verre d'eau.
- Asperge-lui la figure ! dis-je.
Elle obéit.
- Encore ! dis-je à Nora.
Le second verre d'eau lui fit bafouiller une protestation et elle cessa de lutter.
- Quelle douche !
- Filons, dis-je. Gilbert, sers un verre à ta mère. Dans une ou deux minutes elle ira très bien.
- Si on se tapait un verre pour se débarrasser le gosier ?
- Tu ne peux pas rester un jour sans boire ?
- Nous ne sommes pas venus à New York  pour boire de la flotte.
Elle me versa un whisky et alla commander le petit déjeuner.

Vous buvez un verre ? me proposa-t-il en ouvrant un tiroir de son bureau.
Mais je me méfie comme la peste du tord boyau des flics et je répondis :
- Non merci.
...

Chapitre 31 (extraits)

- Tu veux toujours repartir demain pour San Francisco.
- Non. Restons encore un peu dans le coin, toutes ces histoires m'ont mis en retard sur mon programme de biberonnage...

FIN

(Extraits de « l'introuvable » The Thin Man, Dashiell Hammett, 1934)
Les seuls verres d'eau du roman servent à ranimer une femme évanouie. On savait boire, à l'époque.


Les Miss

Par les (h)auteurs :: 19/04/2009 à 13:32 :: Patrick Ravella


J'ai deux amantes, Underwood et Understood.
Je rejoins Miss Underwood dans mon grenier, je lui raconte des histoires qu'elle accepte parfois d'écrire. Quand je retrouve Miss Understood à la cave, je lui donne mes histoires à lire et elle ne les comprend pas.

Dans la série de mes citations préférées

Par les (h)auteurs :: 15/01/2009 à 21:58 :: Patrick Ravella

"Parfois vous m'avez sous-mésestimé."
George W. Bush

L'atelier de moulage

Par les (h)auteurs :: 07/12/2008 à 17:30 :: Patrick Ravella


Pendant l'amour, un homme pose les mains sur les seins de sa maîtresse. Quand elle est couchée sur le dos, il rassemble les seins, les presse l'un contre l'autre pour qu'ils gonflent. Quand elle est debout, il soulève les seins par derrière, les capture. Il contient comme il peut l'agitation de ces organes imprévisibles. S'il n'y veillait, les seins pourraient bien se propulser loin du corps, heurter le plafond et les murs, jusqu'à s'échapper par la fenêtre en brisant les vitres, tant ils sont durs, lourds et pourtant véloces. De même pour la bouche qui se tend, les jambes fugueuses et les fesses turbulentes, les bras qui s'ouvrent, la tête qui tourbillonne. Cet homme assume un grand travail pour que le corps de sa maîtresse conserve un peu de cohérence, alors qu'ensemble ils dépensent autant d'énergie pour se disloquer l'un et l'autre.

Un industriel vend la forme de ses mains à de nombreuses femmes. Il a fabriqué huit mille exemplaires stylisés de ses mains, en dentelles noires ou blanches. L'objet de son commerce, un simple soutien-gorge, paraît bien innocent, presque abstrait; les acheteuses feignent d'ignorer ce qu'elles mettent sur leurs seins. Vous ne les entendrez parler que d'étoffes, d'armatures, de bretelles, d'agrafes ; toutes choses inertes. Mais la vérité la voilà : pour un instant elles confient leurs seins à leurs amants, pour le reste du jour elles les remettent entre les mains d'un inconnu, le fabricant de soutien-gorge. J'envie celui qui, dans la forme de ses mains, tient les seins de huit mille femmes.

Un jour je reçois un cadeau anonyme : des lunettes d'approche. De ma fenêtre, quand je suis seul, je m'entraîne à viser l'immeuble d'en face. A travers mes lunettes perfectionnées, les vies les plus ternes semblent fort lumineuses, des gestes anodins trouvent un relief accru à se détacher sur le fond du silence. Bientôt, je remarque trois fenêtres qui brillent plus que les autres, car elles n'ont pas de rideau. Une jeune femme demeure derrière les vitres.

Un autre jour je reçois une lettre :

    « Que j'entrouvre les lèvres pour boire, que je me baisse pour ramasser une épingle, que je remette en place une bride ou un bas, que je me coupe les ongles des pieds - notez comme je prends soin alors de lever le genou, de glisser la cuisse dans le pli de ma robe - ce n'est qu'un jeu dont voici les règles :

- Je m'engage à ne rien vous cacher de mes gestes.
- Vous ne devrez en négliger aucun.
- Nous ne chercherons pas à nous rencontrer. »

Je lui écris ce que je pense de ses nombreux soutiens-gorge, qui usurpent la place de mes mains sur elle. Se doute-t-elle du bonheur qu'il y aurait à être du matin au soir accolés? De la sûreté avec laquelle je maintiendrais sans relâche sa poitrine dans mes paumes ? En réponse, elle me rappelle la troisième règle.

Je commence le moulage d'un soutien-gorge d'après mes propres mains. Cela m'occupe tant que je ne regarde plus si souvent les fenêtres d'en face. Je suis tout à l'anticipation des joies que me procureront mes mains voyageuses.

Aujourd'hui j'ouvre une troisième lettre :

    « Un homme est venu. Fidèles à nos règles du jeu, je ne vous ai pas caché les plus honteux détails de ma lubricité. Vous m'avez vue rouge, en sueur, soufflante, soumise, impérieuse et fourbe. A votre virtuelle présence, je dois mon égarement plus qu'à l'autre. Mais cet homme est mon époux. Sa jalousie, sa vigilance sont extrêmes.  Ce soir je mettrai des rideaux à mes fenêtres. Merci de me rendre mes lunettes d'approche. Adieu. »

Supplément gratuit à 2008

Par les (h)auteurs :: 11/11/2008 à 12:17 :: Patrick Ravella
 
Bureau central du service international de la rotation terrestre - Paris

Le temps de rotation de la Terre sur elle-même et le temps de sa rotation autour du soleil sont irréductibles. De ce fait, il n’y a pas un nombre entier de jours dans une année. 365 jours ne suffisent pas tout à fait. Ainsi, on ajoute tous les quatre ans un jour supplémentaire, ce qui forme les années bissextiles. Mais là, c’est trop. Il faut donc ôter l’année bissextile tous les cent ans : les millésimes qui se terminent par 00 n’ont que 365 jours. Le compte n’est pas encore juste. On remet alors l’année bissextile pour les millésimes qui se terminent par 000. Voilà, c’est presque parfait. Il ne manque plus qu’une seconde par ci par là. On la rajoute depuis 1972 dans l'interstice virtuel entre le 31 décembre et le premier janvier. Il y a eu une seconde de plus les 31 décembre 1999, 2005 et 2007.

Même chose en 2008. Encore un supplément d'une seconde. Une seconde de plus, qui ne serait utile qu’aux astronomes et aux boursicoteurs ? Il faut répandre l’information sur tout le genre humain, que chacun d’entre nous profite de cette seconde cachée.

Dernière minute : On nous informe que la Lune s'éloigne lentement de notre planète, ce qui a pour conséquence de ralentir la rotation de la Terre sur elle-même d’une milli-seconde par siècle. Encore une seconde à rajouter tous les 100.000 ans. Stop ! Trop c'est trop ! Il faut prévenir le gouvernement, qu'il supprime d'urgence un autre jour férié.

Anatomie du poète

Par les (h)auteurs :: 30/05/2008 à 18:46 :: Patrick Ravella
Aux environs de 2005, Michel Favriaud m'a demandé de me prononcer sur la question de la lecture à haute voix:

" ... comment dire le poème ? Y a-t-il une façon et une seule, ou toutes se valent-elles ? Le comédien de théâtre est-il le mieux armé pour cette diction ? Et le poète lui-même, est-il le meilleur lecteur de ses propres textes ? Mais pourquoi la lecture du poète est-elle presque toujours intéressante, voire émouvante ? ... quel rapport y a-t-il entre diction et écriture poétique, dans l’acte même du poète ?"

En retour, je lui ai adressé ce texte qui devait paraître dans un ouvrage universitaire, mais à ma connaissance le livre n'est jamais sorti. Je vous le propose aujourd'hui, profitant d'un calme sur le blog. D'abord trois citations et puis ça commence :



"Je suis moi-même la matière de mon livre."
Michel de Montaigne
Les Essais, 1580-1595


“Les autres arts recourent à des matières souples et malléables, telles que par exemple l’argile du modeleur. Seule la littérature est condamnée à travailler par assemblage de mots rigides, définis par avance.”
Robert Louis Stevenson
Quelques considérations sur le style en littérature, 1885


"Je ne sais pas lire et encore moins lire à haute voix...
Ne tapez donc pas mes commentaires, ni mes interventions,
ni mes coups de sifflet, ni mes bégaiements."
Blaise Cendrars
(recommandations à sa dactylographe)
Les confessions de Dan Yack, 1929



Anatomie comparée : avoir un corps ou n’en pas avoir

Si on ne la connaît déjà, ce qu’on apprend dans un studio électroacoustique c’est la différence entre digital et analogique.
Est analogique un son enregistré sur la cire ou le bon vieux disque vinyle : à chaque forme sonore correspond un relief proportionnel sur le sillon du disque, qui va se transmettre jusqu’à la membrane vibrante du haut-parleur. Tout le processus revient au principe du moulage, sachant qu’ici c’est une vibration qui est moulée. Dans ce système continu, l’écart entre le son original et sa reproduction ne tient qu’à l’imperfection mécanique, aux aléas de transmission le long de la chaîne.
Est digital un son dont certaines caractéristiques sont notées dans un code arbitraire. J’insiste sur la restriction qu’implique le mot “certaines”, car il ne faut pas croire que toutes les caractéristiques d’un phénomène puissent être épuisées en une formule. Ce langage chiffré, discontinu, sans rapport morphologique avec l’événement représenté, peut redevenir une vibration sonore s’il est lu par la machine de traduction adéquate. Ici, la différence entre l’original et la reproduction tient à la nature du concept, au choix qui a été fait dans les caractéristiques mesurées et mémorisées.
Cette distinction digital/analogique, détectée et décrite par Stevenson dès 1885, a été redécouverte et exploitée au milieu du vingtième siècle par la théorie de la communication : le langage articulé (système digital de mots pour l’évocation de la réalité) se double d’un langage analogique, celui de l’intonation, des mimiques et des gestes, non moins riche d’informations.
Si l’on se place dans une perspective historique, il semble d’ailleurs plus juste de dire qu’à son origine, et pendant bien longtemps, le langage s’est articulé avec tout le corps de celui qui prononce. Seule l’apparition de l’écriture a permis cette distinction entre un aspect digital et un aspect analogique. Aussi, de mon point de vue, isoler dans la parole un canal de communication digitale ne peut être pensé qu’en se référant au silence de l’écriture. Aristote lui-même, caché derrière son rideau, précurseur de l’acousmatique, laissait entendre toutes les modulations et les inflexions analogiques de sa voix.
L’histoire de la lecture semble reproduire la même évolution, avec longtemps la persistance sonore. La voix du lecteur, simplement, se substituait à celle de l’auteur. Il faut, dit-on, attendre le IV° siècle pour qu’apparaisse (véritable saut ergonomique et conceptuel) la pratique de la lecture silencieuse. Saint Augustin rapporte en effet dans ses “confessions” la stupeur qu’il éprouve à voir opérer l’évêque de Milan : « Quand il lisait, ses yeux parcouraient la page et son coeur examinait la signification, mais sa voix restait muette et sa langue immobile. » L’éradication de la voix ne fut pas si totale qu’il y paraît puisque des études électrophysiologiques enregistrent, de nos jours encore, dans les muscles phonatoires des lecteurs silencieux, la présence de contractions et d’influx nerveux qui témoignent d’une motricité vocale inhibée.

Ces réserves faites, il faut bien admettre le caractère digital et arbitraire de l’écriture comme outil de représentation et d’exploration du monde. Cette perte du référent corporel entraîne deux conséquences expressives opposées :  rétraction et expansion.
La rétraction : s’il rédige le récit de ses exploits au retour de la pêche, l’auteur ne pourra pas s’exclamer, en écartant les bras : « J’en ai pêché un grand comme ça !” » Et son sourire de bonheur, son air de suffisance ou sa honte de menteur seront perdus pour le lecteur.
L’expansion : s’il était là, en personne, pour dire « J’en ai pêché un grand comme ça » il ne pourrait guère évoquer un poisson plus grand que sa propre envergure. Mais s’il écrit « un poisson de soixante centimètres » aussitôt tout devient possible. Aucun effort supplémentaire pour écrire à la place : « soixante poissons d’un  centimètre » ou « un poisson de soixante gigamètres ». Je dénombre même une lettre de moins dans « gigamètres » que dans « centimètres ». Compte tenu des dimensions de l’univers, comparées aux dimensions du corps humain, seule une digitalisation du langage permet d’en rendre compte. Non seulement ce langage digitalisé contient en germe tous les possibles de l’univers, mais encore permet-il de penser les univers possibles et qui ne sont pas, et même au delà, les univers impossibles. Telle est la licence, la sérendipité d’un langage digital. Le reste, ce sont des cas particuliers du même modèle : métaphore (“un poisson aux écailles d’or”) effets surréalistes (“J’ai pêché un grand nuage”) non-sens (“Car ce Snark, c’était un Boojum”)... Et le corps du Boojum, comme on le sait depuis Lewis Carroll, s’évanouit instantanément sous les yeux des chasseurs.


Anatomie fonctionnelle : à la recherche du corps perdu

Mais l’écrivain, perpétuel insatisfait, jouissant soudain de s’être débarrassé de son corps, ne désire plus que le retrouver.

« Ah, que ne dirais-je, si seulement j’avais plusieurs bouches ! Du moins, pour commencer, si j’avais un corps ! » se dit cet écrivain au travail, lorsque les mots ne lui semblent pas suffire. Mais l’aurait-il, ce corps embarrassant, tout d’épaisseur, de maladresse et d’organes, saurait-il le loger dans l’étroitesse linéaire de son texte ? Dès qu’il s’encombre de son corps, il découvre le drame de son impotence et se heurte aux limites de son art. Il devient comme un architecte, rêvant d’une maison vaste et commode, et ne sachant construire que des couloirs exigus. Il peut bien allonger à l’infini la longueur de ses phrases, de ses oeuvres complètes, jamais il n’aura d’espace où vivre et s’ébattre à son aise, rien que la linéarité intrinsèque de l’écriture.

« La ponctuation serait in fine cette configuration inquiète du corps dans l’écriture… » nous dit Michel Favriaud. Et il nous le démontre, armé de l’appareil conceptuel idoine.
Je souscris bien volontiers à cette thèse. Le corps, refoulé du texte, se presse dans la marge et ne cesse de faire retour, et j’ajoute qu’il se glisse dans le moindre interstice, non seulement la ponctuation, mais partout ailleurs, c’est à dire dans le style. Le style est la manifestation du corps de l’écrivain sous le vêtement de son texte.

D’où, peut-être, ce malaise lorsqu’un auteur se place devant nous et lit son propre texte, car dans ce cas le style et le corps tentent simultanément de s’affirmer dans un processus tantôt redondant, tantôt contradictoire.
D’où aussi la déception, parfois le soupçon d’imposture, toujours la dissonance, lorsque c’est un acteur qui vient lire le texte : on est alors en face d’une imitation d’un corps virtuel par un corps réel, mais qui n’est pas le vrai.


Les organes de la reproduction ou les organes de la création

Est-il indifférent que l’on doive à un poète, Charles Cros (1842-1888), l’invention du  phonographe ? Avant lui, aucun homme n’avait pu entendre sa propre voix.
Est-il indifférent qu’un autre poète, Blaise Cendrars, ait voulu (ou prétendu) composer un livre en enregistrant sa voix sur un dictaphone, une machine à rouleaux Pathé-Marconi ?
Précurseur de tout, Cendrars le fut aussi de la poésie sonore.
Je reproduis ci-après quelques extraits de son livre « Les confessions de Dan Yack » (1929)

« Je fais marcher l’appareil à reculons. Je presse sur un bouton. et j’entends aussitôt ma voix sortir du cornet (...) Ainsi je m’entends deux fois, primo, quand je dicte, et puis, quand l’appareil me répète ce que je viens de dicter (...) J’aime mon dictaphone. Je le fais marcher toute la journée. Même la nuit (...) Pour moi le dictaphone est un appareil qui réveille tous les échos. “Je vous aime !” que je lui fais dire. Puis, je lui fais répéter à l’accéléré, au ralenti : “J’v’zaime ! » et
« JJJJJJJJeeeeeeeeûûûûûûûûvououououououououzzzzzzzzzzzzzzzèèèèèèèèèèèèèèèèèèèmmmmmmmmmmmmmmmeù ! »
« Je bouche aussi l’entonnoir avec du papier buvard et je l’entends nasiller et bégayer cette phrase de la façon la plus comique ou la plus tragique. Je puis également jouer avec le voltage ou faire des crescendo et des descrescendo en chatouillant le diaphragme. De quoi dépend la joie et la tristesse, d’une pression du doigt sur un ressort ! »

Cendrars, poète qui s’écoute parler ? Il faut prendre l’idée avec prudence. Il faut même la combattre. Tentons une comparaison avec ses contemporains, les surréalistes. Ceux-ci ont bien théorisé une écriture libre, spontanée, « automatique », qui s’émanciperait d’un projet et d’un contrôle de l’auteur. Mais c’était pour se soumettre à un projet et à un contrôle supérieurs, dans une allégeance médiumnique au maître. Et cette possession hypnotique  paralysait le jeu créatif... sauf chez ceux qui la mimaient pour mieux la subvertir (À Cendrars, justement, Robert Desnos confia qu’il avait toujours été bien réveillé pendant les prétendues séances d’hypnose de 1922). La liberté, la spontanéité, je les trouve plus présentes chez ceux qui gardent les yeux ouverts, les oreilles attentives et la main taquine.

« Je ne connais pas ma voix... je la découvre au fur et à mesure de mon débit au micro... » dira  Cendrars lors de ses entretiens radiophoniques avec Michel  Manoll.
Mais cette voix, aussitôt qu’il a l’occasion de l’entendre, on sait qu’il en joue, qu’il la déforme : il assourdit le haut parleur avec du buvard et met le doigt sur la membrane ! Trop heureux de matérialiser au sens propre - au pied de la lettre, ou en supplément de la lettre - un nouveau poème élastique. À peine il s’écoute que déjà il se remet à jouer, déjà il se remet à créer. À peine il reproduit qu’aussitôt il transforme. S’il s’écoute, ce n’est pas pour se rengorger, mais pour se découvrir et se renouveler.

Tels sont les paradoxes de l’écriture et de la diction du poème :
Le chant intérieur du poète cherche à s’inscrire en lettres d’imprimerie, mais le chant et le texte sont deux objets bien distincts; l’auteur ne peut s’empêcher de jouer dans l’espace qui les séparaient, pour construire un objet littéraire. Et lorsque vient le temps pour le texte de redevenir voix, nouveau jeu, nouvelle transformation, nouvelle création. Car le propre du poète - son bonheur ? sa malédiction ? son étymologie ? - c’est de créer. Prendre quelque chose pour en faire autre chose : voilà une définition de l’écriture qui prend une parole pour en faire un texte; voilà une définition de la lecture qui prend un texte pour en faire une parole; voilà une définition de la création.

Aussi, il n'y aura pas diction du poème, si l’on comprend par là une reproduction plus ou moins fidèle. Car diction et poème sont deux objets distincts, deux créations autonomes, l'une prenant l'autre pour matière sans que l’on sache jamais laquelle est première.
Il n’y aura pas diction du poème, certes, mais peut-être y aura-t-il poésie sonore.

P.R. novembre 2005

autre avis sur les rêves

Par les (h)auteurs :: 19/04/2008 à 9:52 :: Patrick Ravella

« Je pensais dernièrement au rêve et à la place exagérée qu'une littérature lui a attribué durant des années – et aujourd'hui encore les « deux cents » poètes et je me disais que personne, pas plus les critiques que les auteurs, que personne ne s'était avisé que l'on rêve mal comme l'on écrit mal ou que l'on respire mal, et, qu'en soi, le rêve n'est pas bon signe. J'avoue que cette pensée m'a laissé rêveur et que j'ai regretté ne pas avoir une bibliothèque sous la main pour démarquer les rêves mal faits. »

Blaise Cendrars, lettre à J.H. Lévesque, Hôtel de la paix, Lausanne, 15.03.1942.

Les dangers de la poésie

Par les (h)auteurs :: 15/04/2008 à 22:10 :: Patrick Ravella


Dans la série de mes citations préférées :

"Emile Verhaeren est mort sous un train à Rouen, poussé par le mouvement d'une foule qui venait de l'écouter."

(Philippe Lançon, Supplément à Libération du 5 avril 2008)

Voilà, ça peut être dangereux une lecture publique. Sous un pont, par exemple. Ou à l'oreille d'un cheval au galop (attention Judith) etc...

Autres ponts n°3 : Le pont de l'université

Par les (h)auteurs :: 04/04/2008 à 20:02 :: Patrick Ravella



Un vieil homme debout à la sortie du pont présente des pancartes aux voitures qui passent. Il donne après le Rhône un cours de niveau supérieur. Comme il est sans chemise et que son pantalon tient avec une ficelle, on ne lui accorde aucun crédit. Mais lui, armé d’une sagesse et d’un courage infinis, résiste à cette indifférence. Parfois, de l’index, il désigne un objet - pilône, rambarde, pavé, ligne blanche, papier tombé au sol... Les indices dérisoires qu’il produit sauront-ils nous prouver quelque chose ? Personne à ce jour n’est capable de suivre sa démonstration. On le prend pour un fou. J’ai fini par savoir qu’il était professeur. Aujourd’hui retraité, il enseigne à main nue sa théorie du monde refusée par les éditeurs. Ses anciens collègues de la faculté, lorsqu’ils empruntent le pont, font semblant de ne pas le connaître.

Autres ponts n°2 : La passerelle du palais de justice

Par les (h)auteurs :: 30/03/2008 à 14:05 :: Patrick Ravella




Pour accéder au tablier, il faut se glisser sous les cuisses d’une jeune géante qui enjambe l’entrée de la passerelle et serre, entre ses mâchoires d’acier, les filins de soutènement. À l’instant où l’on passe à l’aplomb de l’enfourchure, on est tenté de lever la tête en un geste indiscret. Mais sur l’autre berge veille une austère marâtre : le teint blafard, large de taille, ceinturée de colonnes, elle condamne par avance le moindre regard, et même la pensée. On avance alors tête basse, souvent même on fait demi-tour sans oser franchir la passerelle.

Autres ponts n°1 : La passerelle du collège

Par les (h)auteurs :: 24/03/2008 à 18:28 :: Patrick Ravella



Longtemps, j’ai tenu mon bureau sur un plancher mobile, passerelle du Collège, à distance égale des deux rives. Entrant et sortant de leurs classes, chargés de lourds cartables, les élèves traversaient devant moi sans me voir. Le rire des collégiennes et leurs jambes rapides me faisaient trembler. Le pas brutal des garçons renversait mon encre. Le vent qui soufflait sur le fleuve emportait mes plus précieuses pages dès que je levais mon crayon. Il me débarrassait aussi, je l’avoue, de toutes celles qui ne valaient rien. Seules restaient les phrases assez pointues pour se graver dans la mémoire, et les prénoms des belles adolescentes qui ne m’adressaient pas la parole. Jamais depuis je n’ai reçu de meilleur enseignement.

Le collectif d'écrivains

Par les (h)auteurs :: 25/11/2007 à 19:34 :: Patrick Ravella



Dans un livre dont je vous recommande la lecture (Ecriture, Albin Michel 2001) Stephen King évoque les différentes expériences d'ateliers d'écriture et de communautés d'écrivains qu'il a connues ou rêvées. Celle-ci par exemple :

« Chaque participant dispose de sa petite cabane personnelle où il passe en principe la journée à écrire... Le soir tous les membres de la communauté se rassemblent dans le pavillon collectif pour un dîner et d'enivrantes conversations avec les écrivains en résidence. Plus tard, devant un feu de cheminée pétillant, dans le salon... on lit et critique les travaux des uns et des autres. »
« Vous êtes supposés écrire, bon sang de sort, au moins pour que vos collègues aient quelque chose à critiquer... Et au fait, qu'est-ce qu'elles valent ces critiques ? Et bien pas grand chose, selon moi – désolé. »

Je donne des extraits réduits à l'essentiels, mais je peux vous garantir que ce passage est très drôle et très cruel.

En le lisant j'ai compris pourquoi nous avions jusqu'ici évité de commenter les textes les uns des autres. Je sais que certains s'en plaignent, qu'ils assimilent ce fait à une carence, mais moi je trouve notre attitude sage. D'instinct, nous avons évité bien des platitudes (ou pire : des grandiloquences) et bien des malentendus. Je vois d'ailleurs qu'après l'épisode du rêve de Dominique Delfan du 29 octobre, et la direction qu'a pris le dialogue dans les commentaires, il y a eu un temps d'arrêt.

Je pense le plus grand bien du texte de Philippe « un rêve enfin pêché », je peux dire que, de tous ceux qu'il a postés, c'est mon préféré et que que je le glisserai avec plaisir dans mon oreiller. Mais je n'ai pas envie de donner plus de détails, qui nous encombreraient tous.

J'étais en train de préparer un petit abrégé à partir du livre de Stephen King quand je suis retourné sur les Hauteurs, et j'ai découvert la proposition de Judith à propos de la ponctuation. Je pense qu'elle est arrivée à la même conclusion que moi : ce dont on peut parler avec bénéfice, c'est la technique, et je vais vous transmettre d'ici peu les bons conseils d'oncle Steve.
 

Un rêve de Freud

Par les (h)auteurs :: 29/10/2007 à 18:33 :: Patrick Ravella
Sigmund fronça ses sourcils broussailleux, agita son cigare menaçant, chercha ses lunettes sous les piles de manuscrits qui encombraient son bureau, ne les trouva pas, jeta son cigare dans la corbeille à papier, saisit son stylo, inscrivit sur sa manchette "meine Brille" et se tourna vers son interlocuteur : - Je ne suis pas d'accord avec votre théorie, jeune homme. Vous allez trop loin. J'ai trop travaillé, trop combattu, pour admettre maintenant la fortuité des rêves. - Herr Professor, je ne discute pas le reste de votre oeuvre. Le travail d'interprétation que vous faites accomplir à vos patient est remarquable, les chaînes associatives conduisent bien, comme vous l'écrivez, à l'élucidation des messages en provenance de l'inconscient. Mais le rêve lui même est fortuit, comme les taches du test de Rorschach. Le contenu du rêve n'est rien, c'est le récit et la recréation projective qui est tout. Avec le même bénéfice pour lui, le patient pourrait tout aussi bien analyser le rêve d'un autre, ou un petit conte de fée lu dans un livre. De la fumée commençait à sortir de la corbeille à papier. Soudain, des flammes s'élevèrent. Freud renversa la corbeille, piétina les feuillets pour éteindre l'incendie. Il dispersa les cendres à grand coups de chapeau. Puis il se pencha. Parmi les fragments calcinés il ramassa un objet noir : "Ach ! j'ai retrouvé mes lunettes Au moment où il les mit sur son nez, il se réveilla. Du revers du bras, il s'essuya le front. Une fois ce geste accompli, Freud vit sur sa manchette quelques mots écrits à l'encre noire : "der Traum ist... " Mais le reste était illisible. L'encre s'était fondu dans la sueur, il ne restait plus, de la belle théorie, qu'une traînée noire sur le front du rêveur.

Allons aux théâtre

Par les (h)auteurs :: 23/09/2007 à 20:22 :: Patrick Ravella
Faute de retrouver Fred Houdaer à la réunion des Hauteurs, je le rattrape sur un trottoir de la rue sergent Blandan, en route pour le spectacle "SURVIE", mis en scène par Philippe Labaune. Nous entrons à "ArtPsy". Le silence se fait. Puis, côte à côte dans le noir, éclairés seulement par une petite ampoule orangée et les deux témoins lumineux d'un Revox, nous assistons à la cérémonie. Philippe Labaune n'a jamais compris pourquoi je préfère l'appeler chorégraphe. Allez voir son spectacle, vous me direz si j'ai raison. Survie, de Danielle Collobert Miniature théâtrale Jeu : Isabelle Paquet - Mise en scène : Philippe Labaune Création son : Chloé Catoire – Scénographie : Claire Davy – Administration : Frédérique Cluzeau. Représentations à venir : les 24 et 25 septembre à 21h à la friche rvi, 84 avenus Lacassagne, Lyon 3ème - le 27 septembre à 18h30 à la librairie A plus d’un titre, 4 Quai de la Pêcherie Lyon 1er - les 29, 30 septembre et 1er octobre à 21h, en appartement, 26 rue de l’Annonciade (2ème étage), Lyon 1er Durée 30 minutes - Nombre de places limité - Réservation nécessaire au 04 72 73 47 78 Déclaration des artistes : "Nous avons mis en scène en octobre 2006 Meurtre de Danielle Collobert. Son premier texte publié, écrit entre 20 et 24 ans. Une fulgurance. Aujourd’hui nous continuons notre cheminement avec cet auteur majeur. Survie est son texte ultime, publié en 1978. Quelques mois avant son suicide. A soixante exemplaires chez Orange Export Ldt. Survie s’imagine comme une forme performante, indépendante, intempestive, propice à surgir dans les lieux les plus improbables, les plus libres, les espaces perdus. Survie. Six pages. Seulement. Un cri ramassé. Un saut dans le vide. Un épuisement." Spectacle réalisé avec le soutien de la Ville de Lyon

Laitière

Par les (h)auteurs :: 11/08/2007 à 11:14 :: Patrick Ravella

Dans le lait des rêves, il tombe toujours une mouche.
(Ramon Gomez de la Serna)

Proposition de mythe

Par les (h)auteurs :: 23/06/2007 à 18:36 :: Patrick Ravella

La crémière, c'est le mythe de l'abondance. Le beurre et l'argent du beurre, les bras blancs qui bercent et qui protègent. S'il arrivait que la crémière soit ruinée (ce qui ne relève plus du mythe mais de l'impossible) elle pourrait encore nourrir son époux avec le lait de ses propres seins.

écrit tard la nuit

Par les (h)auteurs :: 19/06/2007 à 22:35 :: Patrick Ravella

Il est déjà l'heure d'aller se coucher.