samedi

Par les (h)auteurs :: 03/02/2008 à 1:28 :: Philippe Puigserver
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h26
Samedi 2 février … 18h27

Un rêve enfin pêché

Par les (h)auteurs :: 29/10/2007 à 21:39 :: Philippe Puigserver
“Dominique Delfan recoit sur rendez-vous dans le nouvel institut Jacques Dessange. Cette jeune femme d’une quarantaine d’années s’est spécialisée dans l’écoute.” Le papier git par terre dans l’appartement évidé de nos souvenirs. Les armoires béantes disent leur désarroi devant le départ soudain de toutes ses affaires. Les tapisseries exhibent les traces lépreuses des photos arrachées à la va-vite. La lumière ne se cogne plus au désordre familier de notre quotidien. Elle est devenue plus crue et ne me laisse aucune obscurité où cacher mon chagrin. Tout est cyniquement lumineux. Son trousseau de clés, abandonné, renvoie des éclats de diamant qui laisse croire à la magnificiance de la situation. Je sors dans la rue assaillie par le printemps. Les passants arborent des couleurs vives et les sourires virevoltent à la cantonade. L’office de tourisme a ouvert ses portes ce matin et déjà des centaines de laissez-passer ont été validés pour passer la frontière. L’employée ne comprend pas pourquoi j’ai fait la queue aussi longtemps si je ne viens pas réclamer moi aussi mon sésame. Elle me donne l’adresse de l’institut Jacques Dessange situé secteur nord en me qualifiant d’original. Je recois l’adjectif sans broncher, je n’ai pas la tête à me lancer dans une polémique sur la lutte des classes. Je file au nord dans un taxi autorisé. La boutique est clairsemée, je n’ai aucun mal à rencontrer Dominique Delfan. Je lui expose les faits et sort une photo de Salomé sans émotion excessive. Je ne tiens pas à égrenner le chapelet de notre histoire. Devant son silence complice, je sens bien qu’il faut que j’en lâche davantage. Elle m’installe dans un fauteuil confortable et commence à m’enduire le visage de différentes essences. Les concoctions défilent au rythme de mes aveux. Monologue sculpté à coups d’aromates. Parfois je m’assoupis mais les mots continuent de sortir. Un jour, elle me parle pour la première fois -”la séance est finie, au revoir”. La voix est douce et ferme. Je sors, l’été est en train de finir. Au détour d’une vitrine, j’aperçois mon visage. Tout y est inscrit. Comment ai-je pu me tromper tout ce temps ? Je rentre chez moi, remplis une valise et me dirige vers l’office de tourisme. La même employée m’accueille. Oui, il reste encore deux ou trois laissez-passer. Mais je ne pourrais pas retourner avant plusieurs lunes. Je lui confesse que cela m’est bien égal car j’ai maintenant tout mon temps. Elle me scrute longuement avant d’aposer le tampon officiel. Je la remercie et lui laisse le papier-réclame de l’institut Jacques Dessange. Elle l’enfile prestement dans sa poche en m’avouant qu’elle est encore trop jeune. Un jour, oui, pourquoi pas ? Je m’enfourne dans la navette. Nous croisons des vacanciers qui rentrent. Leurs visages sont simplement bronzés. Je ferme confortablement les yeux et m’enfonce dans l’aube.

Un rêve qui dure

Par les (h)auteurs :: 10/10/2007 à 9:38 :: Philippe Puigserver
Je rêve que je m'appelle Philippe. Je rêve que je titille les 170 centimètres sans y parvenir. Je rêve que ma barbe pousse noire et mes cheveux blancs. Je rêve que la somme de mes déséquilibres créent un équilibre. Je rêve que mes désirs ne sont pas encore pathétiques. Je rêve d'avoir laisser des traces gluantes dans lesquels des ermites s'engluent ou s'abreuvent. Je rêve encore de mes buts marqués avec mon équipe de bras cassés le dimanche. Je rêve un jour de me réveiller et d'avoir enfin la confirmation que je suis tout autre.

Impression 2007 XX

Par les (h)auteurs :: 03/10/2007 à 18:42 :: Philippe Puigserver

Malgré mes coups de burin pour rendre le temps plus préhensible, il file toujours entre mes doigts et je passe du printemps à l’automne sans rien comprendre. L’été ne semble avoir laissé aucune impression ! Et si c’était vrai ? Eté chimérique qui par son absence souligne la passoire qu’est la vie. Dans l’allégorie, la photo de David est aussi très forte. Outre son indéniable message sexuel subliminal, la photo représente une marionnette qui grimpe et qui nous représente tous. L’issue est claire ; elle va se déraper et s’écraser. Ou bien elle ira jusqu’au bout, matera le paysage puis dira ; Et alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Tout ça pour ça ? Moi, je suis reconnaissant à David de l’avoir figée au sommet des bourses, à la base du pénis, en plein effort, suspendue au merveilleux état de la promesse.

Carnet Cameroute 8 et fin

Par les (h)auteurs :: 09/07/2007 à 10:07 :: Philippe Puigserver
Lundi 25 juin Cette dernière journée complète est studieuse. Je sens bien que les épices recueillies ici n’auront pas le même goût si je les cuisine en France. J’ai besoin de la touffeur, des rondes de gardien et des barbelés pour que le parfum des mots puisse embaumer. J’ai peur de ne pouvoir emporter dans l’avion que le squelette de mon séjour, la chair sera automatiquement refoulée en douane. Je me dois donc de rattraper mon retard. La France asséchera ma plume, pas besoin d’être grand clerc pour le pressentir. Je passe donc la journée à table. Le soir, Bertrand récompense cette ascèse et m’emmène dans une dernière virée. Nous nous retrouvons dans la même rue interlope que le Gogo-danse et le Chat Noir, le videur reconnaît la voiture et assure son stationnement. Cette fois, nous explorons un troisième établissement ; Le Saint-Père. Ultime station sur le chemin de la béatification. Les propriétaires sont français et la présence blanche est plus dense qu’à l’accoutumée. Les filles sont également plus nombreuses. La piste est plus grande et j’ai le droit à un véritable défilé de mode, de la lionne Tina Turner à la féline Grace Jones, de Rita Hayworth à Ava Gardner version black, du cuir au satin, du mannequin efflanqué à la rondouillette hilare. Nous nous installons à une table et sommes une nouvelle fois la cible de moult regards. - Tu veux ou tu veux pas, si tu veux, tant mieux, si tu veux pas, tant pis, j’en ferais pas une maladie. Mon frère se fait visiter par une vieille connaissance, me semble-t-il. Peroxydée, plutôt jolie, je ne la vois que de profil, nos fessiers se touchent, mais nous nous ignorons. Je parle avec Bertrand. Il me fait part de ses activités en tant que membre du Rotary Club. Celui de Douala est bien plus riche que celui de N’djamena. Les réunions se font à l’hôtel Méridien, l’organisation est formelle et l’adhésion annuelle fixe. La soirée de gala permet de marquer les différences et c’est à celui qui donnera le plus. L’oreille du Saint-Père siffle. La considération coûte cher dans ce genre de clubs privés. Mais c’est pour la bonne cause car tous les projets que finance le Rotary sont humanitaires ; construction d’une école dans un quartier déshérité, matériel médical dans les hôpitaux et cliniques, forage d’un puits dans un village, fournitures scolaires, … Le Rotary de Douala peut compter sur les fonds en provenance de Londres, du Canada et consorts. La manne est conséquente. Ici, le club est à l’image de la ville, très économique. À N’Djamena, effet capitale oblige, le Rotary est plus politique. Il est facile de rencontrer des Ministres. C’est plus convivial car les gens s’invitent à tour de rôle chez eux, mais la politique est plus cigale que fourmi, et le budget pour les actions est chiche. Cette oligarchie me laisse perplexe ; cette générosité pousse sur quels cadavres ? Une petite boulotte vient envahir mes genoux sans que je ne puisse rien piper. Elle pense que nos peaux sont compatibles et que je suis né pour son corps. Je lui réponds posément que je suis vanné car j’ai fait l’amour avec six filles depuis ce matin, et que la pause syndicale s’impose. Elle rigole et passe ses bras autour de mon cou. Je la repousse vers la piste, m’ébroue deux trois fois en lui tournant le dos et retourne m’asseoir. Je pense en avoir fini avec la jeune fille, mais il semble que mon pouvoir d’attraction ne soit pas désaimanté. Elle revient avec une opine plus laide et plus chaude qu’elle. Elle vante mes qualités athlétiques et propose le tarif grossiste. Elles sont prêtes à venir ensemble remplir le livre des records. Elles sont jeunes et pleines de formes, de rires, d’idées salaces. Je suis déjà épuisé. Ça y est, j’ai atteint l’âge d’être leur père et cette image vient percuter mon cerveau par derrière. Le coup est dévastateur et je cherche les lambeaux de cervelle sur la piste. Les deux filles me rejoignent et s’enlacent lascivement entre elles et la plus intrépide se colle à moi. J’applique la technique de la fuite par le rire, mais sens qu’il faut trouver autre chose pour mettre fin au siège. Bertrand m’aide à repérer une plante à sac à main. Il a bon goût Bertrand, il me choisit une Bamiléké anglophone de magazine. Je lui paye derechef un verre comme un allume l’ampoule rouge dans certains claques des bas-fonds. Je suis pris, c’est officiel, les deux survoltées sont contraintes à la retraite. Elles m’envoient encore quelques œillades et tournages de langues lointains, mais le cœur n’y est plus. Claire est très classieuse. Converser avec elle en anglais ajoute de la solennité à l’exotisme. J’ai beau me concentrer sur ce qu’elle dit, mes yeux glissent sur ses pommettes, sa poitrine et ses hanches. Tout est parfait, est-ce l’épreuve ultime avant le purgatoire ou l’ascenseur divin ? Claire me raconte qu’elle est une femme d’affaires, qu’elle possède plusieurs boutiques ici ou là, qu’elle ne vient ici que rarement. Bertrand rigole du coin de l’œil. Je mets sa méfiance sur une exposition prolongée aux rayons nocturnes. Ma belle me raconte son amour quatre années durant avec un bel Américain, marié, deux enfants, qui vient d’être muté au Brésil. Je la crois volontiers Juliette, j’ai du mal à l’imaginer Roméo. La solidarité masculine, sans aucun doute. Elle me prend la main, je ne résiste pas à lui toucher le genou pour marquer ma compassion. Heureusement pour moi, elle porte un jean épais et il en faudrait plus pour me faire vaciller. Elle approche son haleine de mon oreille et m’avoue son bien-être à bavarder avec un homme tel que moi. Je trouve le jean de moins en moins épais. Lorsqu’elle détourne son regard pour le fixer dans le vide, j’en profite pour récupérer mes lentilles de contact dans son soutien-gorge. Elle me prend l’autre main, tant mieux, je ne peux plus bouger. Je n’ose vérifier, mais je suis sûr que le jean a complètement fondu et que ses longues bottes de cuir se dézippent maille après maille. Ses mains sont en amande douce et sa voix grave que je ne comprends pas toujours enlève ma chemise. Elle me regarde et m’interroge sans un mot ; c’est quoi ce miracle qui nous submerge ? Comment fais-je pour effacer son Steeve d’un seul coup ? Margot, ma fille, me tire par la manche et me demande de rentrer, elle est fatiguée et demain il y a école. Je me lève et pose un baisemains sur le bras de lave de Claire. Elle ronronne et me dépose un baiser d’hibiscus à la commissure des lèvres. C’est sûr, nous sommes en fusion et nos habits ne sont que des leurres. Je la vois cette Cléopâtre d’ébène, elle est toute puissante. Le serveur m’apporte la note ; les cocotiers redeviennent des piliers, la plage de la moquette poisseuse, la mer n’est que sueur et les mélopées cinglent en battements métalliques. Je pars comme un sprinteur, ma dignité est à la traîne. Claire repère déjà une autre proie plus couillue et argentée. Bertrand se moque de ma résistance de bénitier. Je me dis qu’un jour, quand je serai grand, que ma sueur sera si rance qu’elle défigurera l’image de moi-même comme un acide, je reviendrai ici et je serai enfin le Kama et le Sutra de la latérite. Mon lit qui m’accueille une dernière fois est bien trop grand pour les rêves que je suis prêt à assumer. Mardi 26 juin La journée est fichue dés le départ ; mon avion est pour ce soir. Je suis déjà au-dessus des mers et des terres. Je n’ai plus d’oxygène pour irriguer mon nerf optique. À peine la force de jeter quelques idées et quelques faits sur les dernières journées qui bientôt se désagrégeront sous l’effet d’une mémoire pudibonde et cartésienne. Je fais mon office de père et achète les dernières babioles qui témoigneront seules de mon voyage aux yeux des miens. À l’aéroport, Bertrand me fait un dernier numéro de magicien. Il repère une hôtesse d’accueil de ses connaissances et me fait passer devant tout le monde. Je profite du privilège les épaules rentrées. J’enregistre mes bagages et nous repartons manger à la maison. Jusqu’au bout, je me dis que je pourrais tout arrêter là, passer d’une vie à une autre comme l’on passe de l’enfance à l’adolescence, rejoindre Anaba, Claire, Marcel et les autres. Puis je monte dans l’avion. Au-dessus de Marseille, les premières lumières percent l’obscurité. La ville ressemble à de la cendre braisée jetée sur le fumier. À l’arrivée, je ne baise pas le sol de France et le temps redéploie ses immenses ailes d'albatros.

Carnet Cameroute 7

Par les (h)auteurs :: 07/07/2007 à 10:58 :: Philippe Puigserver
Dimanche 24 juin C’est l’âme fraîche et rasée que je m’en vais au matin vers l’église, non sans avoir salué l’océan toujours en place. J’y ai jeté mes meilleures pensées pour célébrer l’anniversaire de mariage qui m’ancre à mon port turinois. L’électricité n’est toujours pas revenue, mais la ville ne se laisse pas faire. Chacun a revêtu ses atours du dimanche. Le seigneur est sourcilleux sur la présentation par ici. Les sourires sont les bijoux de fête. Ils étincellent. La pluie n’ose pas se montrer. Les cohortes de bleu, de vert, de blanc, d’orange, de jaune et d’indigo dévalent les pentes puis gravissent le monticule où trône la maison de dieu. L’édifice a dérouillé avec le temps, mais sa parure d’albâtre continue d’en imposer. Toutes les fenêtres sont ouvertes et les vitraux gîtent sous l’alizé. Des oiseaux traversent la nef et s’esclaffent comme des enfants sur un grand huit de ducasse. Ils rasent les chambranles et certains frisent le crash. A l’intérieur, la foule est déjà compacte. Des matrones et un bâtonnier font office d’ouvreuses et placent les fidèles en bourrant les rangées. Ils portent une écharpe « Paroisse Saint-Joseph de Kribi » en bandoulière comme des édiles divins. Nul n’ose protester contre son sort de sardine. Anaba me sert de chaperon, je suis le seul blanc de l’assemblée. Une horloge est suspendue à l’une des parois comme dans n’importe quel hall de gare. Les voyages spirituels méritent aussi la ponctualité. Dans le chœur, six chorales et deux orchestres s’entassent à cour et à jardin. Chacune se distingue par la couleur de ses fichus. A neuf heures trente, les premières mélopées s’élèvent vers les cieux. Les percussions assurent l’ambiance joyeuse. Je distingue du français, du latin et des langues locales. Après trente minutes de concert, deux aumôniers souhaitent la bienvenue aux paroissiens en remerciant des mécènes. Madame Milla contribue par exemple au financement de la messe pour lutter contre le maléfice. Aujourd’hui, le prêtre vient de Yaoundé. Il est bâti solidement et n’hésite pas à danser dans les travées. Il aime haranguer les fidèles au plus près et délivre quelques plaisanteries qui gondolent l’affluence. Anaba est parée de bleu ciel et je me trouve le maillon faible de notre couple. Je n’ai amené que des habits à laisser sur place et j’ai laissé le meilleur de ma garde robe à Lyon. La route est longue pour une charité dénuée de mesquinerie. Je tente de donner le change en bredouillant les refrains que je reconnais. Anaba pouffe intérieurement. Soudain, les portes du fond bruissent et une procession de jeunes gaillards remonte l’allée centrale en portant des offrandes à bout de bras. Ils ont quitté Yaoundé à pieds trois semaines auparavant et Kribi sonne la fin de leur pèlerinage. Le prêtre bénit tous les plats apportés. Le festin ne va pas diminuer ses bourrelets. Au moment de l’homélie, tous les néons s’allument sur le « Et la lumière fut ». L’effet est osé, mais le public est bon enfant, le succès est garanti. La première quête est dédiée au fonctionnement de la paroisse, la deuxième vise à soutenir les randonneurs de Yaoundé. Le prêtre ne lésine pas ; - Je ne veux voir que des billets de mille et de deux mille ! La foule rit de bon cœur et vide ses poches. Les chants continuent de rythmer la messe qui durera plus de deux heures et demie. Je ne vois guère le temps passer, contrairement à mes expériences européennes. Je communie dans la multitude, je sens mes prières promptes à être exaucées. Je ne mégote pas sur la quantité des récipiendaires de mes bons vœux. Je ne doute pas à cet instant que le monde se porte légèrement mieux. Vers la fin de la cérémonie, la paroisse communique sur ses activités. Au programme, les répétitions pour les chorales, mais également l’annonce d’un concours administratif et d’un stage informatique. Des coups de canifs dans l’atemporalité qui rendent l’église particulièrement populaire. Nous partons dans la paix du Christ le pas alerte. Nous retrouvons Bertrand, Michel, Gaëlle et Germaine au centre artisanal de pêche. Bertrand n’a pas rassasié sa soif de poissons. Il craint pour son investissement d’hier, le congélateur à qui il a confié sa marchandise ne bénéficie d’aucun groupe électrogène. Même si la congélation d’aliments décongelés n’est pas rare en Afrique, Bertrand est inquiet. Pour se remonter le moral, il achète un lot de turbots et de carpes rouges que nous portons à la cantine jouxtant le marché aux poissons. Des cordons bleus grillent la pêche du jour dans un fumet de réfectoire de plein air. Les doigts servent de couverts de rigueur, la bière est chaude, les plantains sont racornis et je jubile. D’autres blancs parsèment les longues tables pour s’offrir leur écot de frissons. Nous ne sommes pas loin des guinguettes de Nogent et il ne nous manque plus que notre Renoir. Nous quittons Kribi et nos muses dans l’après-midi. Je me dis qu’il me serait facile de refaire ma vie dans ces contrées. Je laisse Anaba rejoindre ma cohorte d’épouses imaginaires. La vallée où je les cantonne est verdoyante et j’aime y flâner les heures de grande tension avec ma femme légitime ou lorsque mon existence de yuppie ressemble furieusement à une impasse. Nous finissons le week-end en commandant quelques sandwichs libanais au coin de la rue, affalés devant un très mauvais film. Je sens poindre la fin de mon séjour. Je file au lit pour ne pas dilapider mes fortunes océanes et mes rêves mouillent sous les embruns.

Carnet Cameroute 5

Par les (h)auteurs :: 26/06/2007 à 16:09 :: Philippe Puigserver
Jeudi 21 juin

Dans ma maison de riche, je suis en cage. Barricadé derrière mes fenêtres grillagées, je regarde les gardiens qui font la ronde. Ils sont les visiteurs et les gardiens du zoo dont je suis l'attraction. Je mange d'ailleurs volontiers les cacahouètes que l'on m'apporte. La théorie de l'évolution de Darwin est un cercle. À force d'être enfermé, l'expatrié restreint sa vision, le phénomène doit être mécanique. Les barreaux que l'on se met sont plus solides que tout autre. Si l'on ajoute la climatisation qui supprime chaleur et odeur, il est aisé de vivre en Afrique sans l'Afrique. Les théories priment sur la pratique et deviennent inflexibles. Je salue la farouche envie de Bertrand de toujours sortir. L'animal sait flairer le piège.

Carnet Cameroute 4

Par les (h)auteurs :: 25/06/2007 à 14:52 :: Philippe Puigserver
Lundi 18 juin
Si la nuit tombe comme on tombe du lit, d'un coup, le jour frappe aux carreaux de ma fenêtre en douceur. Mon corps a ses habitudes et je sens en moi l'énergie d'un début de semaine ; à défaut d'enthousiasme, le sens du devoir dirige mes pas vers la salle de bains puis vers le petit-déjeuner afin d'hâter ma mise en place au poste de travail. Le passage du carnet à l'ordinateur apporte toujours son lot de désillusions et de bonnes surprises. Je reste dans mon jus d'orange frais un temps pour penser cette première phrase qui facilite le tout. Les affres de l'écrivain étant rarement scriptogéniques, j'enquille directement sur l'activité du matin ; les courses.
 
La voiture de Marie-Louise que mon frère emprunte n'a pas la suspension d'un 4x4 et il faut aborder la route avec plus de modestie. Les taxis, tous jaunes comme à New York, font peu de cas de notre voiture coréenne. Les cicatrices qu'ils exhibent sur toute la carrosserie ainsi que leurs phares en moins dans la mâchoire attestent de leur détermination et de leur pedigree ; ils sont les caïds de la rue et ils n'ont pas peur des coups. Mon frère a sa fierté, il taquine tout de même l'accélérateur et le frein pour marquer son territoire. C'est aussi une question de survie si l'on veut s'insérer dans le trafic de la ville. Ne pas s'imposer contraint au sur-place et se surévaluer mène à l'accident, le dosage est subtil. Quand le choc survient, l'immobilisation dure des heures car il ne faut surtout bouger aucun véhicule tant que la police ne constate pas les dégâts. Même si les véhicules esquintés sont au milieu des voies et empêchent la circulation. Si l'accident implique le blanc, les complications ou le bakchich sont inévitables, tort ou pas tort. L'escapade du jour avec mon frère est circonscrite au secteur résidentiel, les risques sont limités. Le souci vient plus du ciel. En effet, la voiture de la femme de Bertrand n'est pas étanche et nos pieds baignent dans le résidu d'averse de la nuit. Lorsque la pluie repart, nous recevons notre écot à l'intérieur de la calanque.

Carnet Cameroute 3

Par les (h)auteurs :: 22/06/2007 à 15:37 :: Philippe Puigserver
Je me lève aux aurores et investis la table de la terrasse. La mer soupire à moins de vingt mètres, elle semble finir ses rêves. J'essaie de consigner mes premières heures sur le territoire camerounais, mais les mots rechignent à sortir. Je fais celui qui s'en fiche pour voir si tels les enfants vexés d'être ignorés, ils viendront d'eux-mêmes apporter ce qu'ils refusaient avec obstination la minute d'avant. Un petit garçon blond justement apparaît suivi par sa nounou. Il se met tout nu sur la plage et sa jeune nurse ne semble pas inquiète de tous les dangers potentiels que recèle la plage. Elle s'amuse les mains dans le sable tandis que le garçonnet grimpe sur les petits rochers puis s'éloigne derrière le grand arbre. Après quelques minutes de disparition, il revient demander un jouet à sa baby-sitter qui ne s'est rendue compte de rien. Il lui parle déjà avec autorité. Elle ne s'en émeut nullement. Je collerais bien une claque au jeune capricieux. Je note qu'il a le cul haut perché et musclé qui sied si bien aux Africains. L'idée qu'il puisse garder ce physique à vie me le rend encore moins sympathique. Ses parents apparaissent en peignoir. Le père est un grand échalas blanc au ventre proéminent mais concentré sur le devant, ce qui le rend encore jeune de dos. La mère est en chair de partout, c’est une métisse qui parle fort ; je lui vois bien toute une suite de courtisanes imaginaires. Elle est en représentation permanente de son pouvoir. A son accent, elle débarque de métropole et entend profiter de son séjour camerounais pour faire le plein de déférence et d'admiration suscitée. Son père arrive à son tour. Dans son peignoir blanc et sa démarche martiale, je l'imagine aisément général dans l'armée du pays. Ils commandent leur petit-déjeuner à tue-tête. Je baisse la tête vers mon carnet pour ne surtout pas lier conversation. Je pense tout de même que mon cas leur importe peu car ils sont ici famille royale et l'inconnu appartient forcément à la plèbe. Le père va jouer dans l'eau avec son fils. La femme téléphone à droite et à gauche. J'ai comme l'impression que l'instinct maternel n'est pas franchement la panacée de la femme Africaine. À écouter toutes ses histoires de femmes mères si jeunes qui laissent leur progéniture au village et les visite trois à quatre fois l'an, le contraste avec les réactions des louves de notre pays est saisissant. La femme de Bertrand a par exemple laissé sans problème sa fille de sept ans un an lorsque le couple s'est installé à Houston. L'agenda des parents prend rarement cas des enfants, beaucoup en témoignent. Les villages concentrent les cousins pour faciliter la vie des parents partis en ville travailler. Ils ramènent sous et habits dès qu'ils le peuvent pour participer au financement de la communauté. On me rapporte que les papas s'en soucient plus, surtout des garçons, mais s'arrangent aussi très bien d'une éducation externalisée. L'idée de transmission prime sur celle de bien-être. Je me garderais bien de juger. La polygamie ne doit pas non plus faciliter l'unité du cercle familial, ni la traçabilité des enfants si j'ose dire.

Carnet de voyage Cameroun 2

Par les (h)auteurs :: 20/06/2007 à 19:28 :: Philippe Puigserver

Samedi 16 juin
Je m'éveille à l'aube. J'ouvre le volet au moment où l'un des gardiens effectue pour la quarante-neuvième fois le tour de la maison depuis la relève de dix-huit heures, comme il est stipulé dans les procédures de sécurité concernant le domicile d'un employé US. Deux gardiens le jour et trois la nuit puisque l'un des murs d'enceinte n'a pas de barbelés et qu'un projecteur extérieur est cassé. Ronde tous les quarts d'heure et appel téléphonique du central toutes les heures. Comme la maison est neuve, il manque encore les deux portes blindées à mettre au couloir qui mène aux chambres. Mais bientôt l'ensemble sera aux normes et Bertrand et sa famille pourront subir les avatars d'une révolution civile toujours plausible d'après le Pentagone. Ils pourront tenir jusqu'à l'arrivée des GI en cas d'insurrection. Les Américains n'aiment pas les risques, surtout si ceux-ci peuvent déclencher des poursuites judiciaires incontrôlables. Bertrand m'avoue d'ailleurs que l'Américain se frotte peu au monde extérieur et qu'il vit volontiers en vase clos, y compris pour les produits de consommation courante. Tout est importé et la fantaisie n'est pas la bienvenue. La sécurité ne supporte pas la plaisanterie. Son ancien directeur général refusait par exemple à quiconque de conduire ; les pots-de-vin que n'importe incident génère sont strictement prohibés et le droit coûte cher face à la corruption. Il y a un pool de chauffeurs à la compagnie et chaque expatrié y fait appel, se retrouvant fiché pour chacun de ses déplacements. Cela ne gêne guère l'enfant de Sam, docile et entièrement voué à son travail. Cela devient plus problématique pour celui qui veut un peu jouir de son temps libre et connaître les plaisirs que le pays hôte procure. Bertrand a sa voiture personnelle et une femme Camerounaise, ah ces Français !


Carnet de voyage Cameroun I

Par les (h)auteurs :: 20/06/2007 à 6:35 :: Philippe Puigserver
Vendredi 15 juin

Pour ce voyage, j'ai bien peur de prendre l'Afrique à la hussarde. Sans préliminaires. Jusqu'à hier, je n'ai pas pensé à ce séjour, mises à part les formalités administratives et sanitaires. Je suis encore tout trempé de ma sueur d'homme moderne, les tâches et les rendez-vous passés et à venir m'encombrent l'esprit.
 
Je suis dans le vol Air France qui me mène à Douala et je m'accroche à des musiques et des journaux d'un monde auquel j'essaie d'échapper un temps. Libé, Arno, Le Monde, Portishead, L'Equipe, Calexico, Le Progrès, Marlene Kuntz, tout y passe pour ne pas anticiper les prochaines heures. Je remplis tous les mots fléchés et tous les sudokus pour contenir les a priori sur ce que je vais vivre, et donc écrire. Je veux que le terre rouge d'Afrique me happe dés la sortie de l'appareil comme un jeune vierge. En fait, oui, je n'ai pas eu le temps de désirer quoi que ce soit, d'échafauder aucun plan et je veux tourner cela à mon avantage ; c'est moi que l'Afrique va prendre sans talc et sans émoi. Ce n'est que justice car après tout, j'ai envie de l'Afrique alors qu'elle n'a nul besoin de moi. Que suis-je venu lui piller que je n'ai déjà en moi-même ?

(...)

Impression 2007 XI

Par les (h)auteurs :: 10/06/2007 à 18:20 :: Philippe Puigserver

Aujourd'hui, les élections législatives …